Gladiators – Trenchtown Mix Up


  • CRITIQUE/

Il était temps que ce trio vocal émerge avec un 1er disque produit par Joe Gibbs. Il a fallu attendre presque 10 ans pour que « Hello Carol », premier tube du groupe sorti en single à la fin des années 60, vienne conquérir le monde.

C’est avec la tétralogie « Trenchtown Mix Up, Proverbial Reggae, Naturality et Sweet So Till » que les Gladiators vont réellement se faire connaître. Franchement, c’est le disque de reggae que j’ai le plus écouté, du moins la compilation de ces 4 chefs-d’œuvres. 

Nous sommes face à un trio vocal dans la plus pure tradition du reggae, avec la voix d’Albert Griffith de « bad guy » ou de « rude boy » des temps modernes, et avec des chœurs de falsetto comme rarement le reggae en a produit, avec un sens de la mélodie irréprochable frôlant parfois la perfection ! 

Certains morceaux deviendront des standards du reggae. Notons la reprise de Bob Marley « Soul rebel ». Un grand classique des ventes de disques. Si vous ne connaissez pas, il y a un début à tout ! Ocollus

Cliquez pour écouter (ci-dessous)

full album……

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The Gladiators est un groupe de reggae jamaïcain formé en 1967.

La formation initiale se compose de trois amis issus du même quartier de Kingston : Albert Griffiths, Errol Grandison et David Webber.

Albert Griffiths enregistre son premier single « You Are The Girl » en 1967, qui sort en face B du Train to Skaville des Ethiopians, crédité à Al & The Ethiopians.

Le premier succès du groupe est le single Hello Carol en décembre 1968.

En 1976, grâce à la signature avec le label Virgin, la tétralogie Trenchtown Mix Up, Proverbial Reggae, Naturality et Sweet So Till est distribuée partout en Europe. Beaucoup de leurs titres de cette période deviennent des classiques du reggae.

Clinton Fearon a quitté le groupe en 1987, et Albert Griffiths a passé en 2004 le relais à son fils, Al Griffiths, avec l’album Father and Sons.

Biographie
Albert Griffiths, né en 1946, se retrouve à l’âge de 14 ans dans le ghetto de Trenchtown à Kingston. Il apprend la maçonnerie et commence à chercher du travail en ville. Albert Griffiths rencontre David Webber, ils tentent quelques auditions sans succès. Albert reprend son activité de maçon et travaille sur les chantiers. Il y rencontre notamment le contremaître Leonard Dillon (leader des Ethiopians) et Leebert Robinson qui va se lancer, pour eux, dans le business musical et organiser une session à Studio One. De cette séance sortira le 45t des Ethiopians Train to Skaville avec, en face B You are the Girl crédité à Al & The Ethiopians. Nous sommes alors en 1967. L’année suivante, Errol Grandison se joint au projet et le groupe devient de fait un trio auquel Albert, le leader, doit trouver un nom. Un ami lui confie que s’il était artiste, il appellerait son groupe The Gladiators. L’idée enchante Albert qui adopte définitivement ce nom.

Les Gladiators, en réponse au 1er titre, enregistrent The train is coming back pour Robinson. En 1968, Albert Griffiths se rend à Studio One et s’invite à une session. Il enregistre l’un des plus gros tubes des Gladiators Hello Carol, qui sera leur seul hit en Jamaïque.

En 1969, David Webber, souffrant de troubles mentaux inquiétants, se voit remplacé par un jeune venant des collines de St Andrews : Clinton Fearon.

Les Gladiators vont alors jouer comme backing band d’artistes tels Burning Spear et Stranger Cole.

En 1973, Errol Grandison quitte le groupe. Les Gladiators sont redevenus duo, Albert se souvient alors d’un collègue et l’invite à être le troisième membre du groupe : Gallimore Sutherland. Au début des années 1970, ils enregistrent pour Lloyd Daley Freedom Train, The Race puis Duke Reid Live Wire et Lee Perry Time. Albert Griffiths et Clinton Fearon enregistrent, au studio Black Ark de Lee Perry, l’accompagnement du Jah Vengeance de Yabby You en 1974. Mais c’est Coxsone qui va s’avérer être leur plus gros soutien.

C’est à Studio One qu’ils vont enregistrer leurs plus grands succès : Jah Almighty, Roots Natty, Jah go before us… Coxsone compilera en 1979 quelques singles enregistrés au Studio One dans l’album Presenting The Gladiators.

En 1976, Bob Marley a déjà explosé au niveau international. Le producteur Tony Robinson décide de faire écouter les Gladiators à des producteurs britanniques. Il part avec une cassette et revient avec un contrat chez Virgin. Les Gladiators vont frapper très fort avec l’album Trenchtown Mix Up (enregistré au studio de Joe Gibbs) sur lequel on retrouve des titres originellement enregistré à Studio One aux côtés de la reprise de Bob Marley : Soul Rebel. En 1978 sort Proverbial Reggae qui confirme leur talent avec des titres historiques comme Jah Works, Dreadlocks The Time Is Now et Stick A Bush. En 1979, toujours produit par Prince Tony Robinson pour Virgin, le groupe sort Naturality d’où sont tirés les titres Write to Me et Get Ready.

Cette même année, ils enregistrent à Channel One et sortent l’album à l’étrange pochette japonaise : Sweet So Till. Cette pochette, représentant un couple en plein préliminaire, est due à une erreur de la part de Virgin, la maison de disques du groupe s’occupant de tous les aspects marketing. En effet, les Britanniques ont pris la chanson titre de l’album pour une chanson d’amour d’un homme pour sa femme et ont donc choisi la pochette qui leur paraissait adéquate. Les membres du groupe furent surpris en voyant la pochette alors que la chanson parlait de marijuana. Ils partent ensuite pour leur première tournée et ils donnent leur premier concert au 100 Club à Londres.

En 1980, Virgin fait confiance à Eddy Grant pour produire le groupe et l’ouvrir à d’autres sonorités. Le résultat est un désastre ne ressemblant en rien à l’esprit Gladiators et sera très discuté par la critique. Albert Griffiths, Clinton Fearon et Gallimore Sutherland ne poseront que leur voix, les riddims étant pré-enregistrés par les musiciens d’Aswad. Ce sera le dernier album chez Virgin.

En 1982, le label Nighthawks organise une tournée en Europe. Les Gladiators travaillent alors avec les producteurs Prince Tony Robinson (Gladiators by Bus et Babylon Street), Jacky Knafo (Back to Roots) et autoproduisent pour Nighthawks l’album Symbol of Reality. On les retrouve au Reggae Sunsplash de 1982, prestation enregistrée avec Israel Vibration (label Genes Records). Pour Nighthawks, le groupe enregistre deux albums avec US Tour EP (1983) et Serious Thing (1984).

En 1985, ils sortent Country Living chez Heartbeat Records qui les replace sur le devant de la scène roots. Ils partent en tournée internationale en 1986 et l’année suivante Clinton Fearon décide de rester à Seattle pour commencer une carrière solo. La décision de Clinton Fearon ne sera pas comprise. L’album suivant In Store For You (enregistré à Channel One) sera signé Albert Griffiths & The Gladiators.
Les Gladiators bénéficient d’un écho exceptionnel au niveau international. Étrangement, la formation est moins populaire en Jamaïque. Albert Griffiths adore la France et y vient chaque année.

La production du groupe a toujours été soutenue avec, en moyenne, un album par an. Les paroles sont militantes et souvent emplis d’un humour cynique. Les harmonies vocales font aussi partie des grandes réussites et des raisons du succès. Le groupe a signé, en 2004, plus de trente albums. Le temps passe et Albert Griffiths, depuis ces trois dernières années, commençait à préparer sa sortie (sans véritablement avouer un franc départ).

En octobre 2004 a commencé la dernière tournée d’Albert Griffiths & The Gladiators, avec les anciens comme Gallimore Sutherland, Clinton Ruffus, Ruddlowe Robinson, Earl ‘Bagga’ Walker et Vernon Sutherland auxquels s’ajoute la jeune génération chargée de prendre la relève : les fils Griffiths avec Anthony à la batterie et surtout Al Griffiths, héritier direct de la voix de son père. L’album des Gladiators intitulé Father and Sons est sorti sur le label français XIII bis Records en octobre 2004, et peut être considéré comme un passage de flambeau. Al Griffiths est chargé de continuer avec le groupe sans son père.

Albert Griffiths réside actuellement dans la Paroisse de St. Elizabeth en Jamaïque, où il a ouvert un night-club, mais ce dernier ferme ses portes au bout de quelques années, faute de clients. Dans le même temps, Albert projette de devenir producteur et ainsi, montrer la voie à la nouvelle génération. Selon Clinton Fearon, Albert serait atteint de la maladie de Parkinson. En mars 2008, Albert serait entré à l’hôpital pour soigner un cancer de la gorge. Gallimore Sutherland meurt en janvier 2017. wikipedia

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On aura beau dire ce qu’on veut sur la démarche marchande de Virgin (et on aurait bien raison), une chose est sûre : sans ce label, les Gladiators n’auraient pas été ce qu’ils sont, à savoir un groupe majeur de la musique reggae. La maison de disques anglaise, carrément en retard au début des années 70 en matière de reggae, décida à cette époque d’envoyer trois recruteurs et des paquets de dollars à Kingston à la recherche de nouveaux talents.

C’est comme ça que furent recrutés par Virgin les Gladiators, mais aussi Prince Far I, Johnnie Clarke, les Mighty Diamonds, Big Youth … bref, pas mal de grosses têtes de la musique jamaïcaine du moment. Dès 76 donc, le trio Fearon / Sutherland / Griffiths (Albert, pas Al, son fils) pu produire quatre albums superbes, dont Trenchtown Mix Up sera le premier (suivront respectivement Proverbial Reggae et Naturality en 78, et Sweet so Till en 79). Nombre de pistes de ces albums seront regroupées en 1990 par Virgin, dans une compil appelée « Dreadlocks the time is now », un des disques de reggae jamaïcain les plus vendus en France (après ceux de Marley, dixit Wikipédia).

Trenchtown Mix Up, c’est onze titres enregistrés à Kingston, certain repris de leurs années précédentes, lorsque le trio faisaient les backs vocaux pour d’autres artistes comme Burning Spear. « Hello Carol » était par exemple sorti en Jamaïque huit ans plus tôt et avait fait un malheur dans les sounds-system de Kinston.

Sly Dunbar à la batterie envoie une vibe bien péchue dès le début de l’album sur « Mix Up » , où l’on distingue un jeu de claviers intéressant, la « pompe », qui donne cette énergie en accentuant vraiment le contre temps, en arrière plan, et un peu étouffé. J’ai beau tourner et retourner l’album entre mes mains, personne n’est mentionné aux « keyboards » comme musicien. « Bellyfull », tout comme « Mix Up » d’ailleurs, resteront dans les mémoires comme des morceaux énergique donc, frais, et propices au chœurs qui s’en saisissent très bien.

On sort un peu de l’univers des deux pistes précédentes avec « Look is Deceiving » dont le tempo est plus lent, un morceau plus roots donc, assez court, et qui permet de respirer un peu, tranquillement. « Chatty Chatty Mouth » est aussi assez cool, en mode majeur, une réalisation simple et bien ficelée, couplet/refrain/couplet …

Les Gladiators reprennent ensuite l’énorme tube contestataire de Bob Marley, « Soul Rebel », qui était sorti à la toute fin des années 60. La « reprise » est bien foutue, l’âme n’est pas perdue et l’univers des Glads ajoute même un petit quelque chose de particulièrement réussi, avec une touche plus reggae que l’originale un peu vieillotte à une époque où tout le monde cherche LE nouveau son.

Un peu plus loin on remarque « Hearsay » pour ses lignes de basses, ses efforts sur la structure, son relief, grâce notamment aux ponts sur des tonalités intéressantes, et puis les petites lignes de guitare lead (Griffiths) … « Rude Boy Ska » nous offre un rocksteady presque ska assez séduisant puisque joué en mode 1975, avec le mélodica et la ligne de basse qui fait pas vraiment penser à du ska. Un léger anachronisme donc, voulu et même recherché, qui ne déçoit pas, même si les « choubidoubidou » sont peut-être un peu kitch, mais après tout le reggae est avant tout une musique qui se danse.

« This is 1976 : we don’t want no more war » ! … pourquoi « Know Yourself Mankind » n’a pas été reprise dans la compil de Virgin en 90 ?! Musicalement très réussie pourtant, on a ici un pur reggae roots, avec un lead vocal vraiment chouette. Vraiment, certaines décisions des maisons de disques sont tout simplement incompréhensibles.

L’album se termine sur « Thief in the Night » et « Hello Carol », les deux tracks les plus old school, que j’aime particulièrement pour leur aspect un peu poussiéreux, sorties d’on ne sait où, et tellement singulières. Forces paralelles

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1 Mix Up 3:02
2 Bellyfull 2:20
3 Looks Is Deceiving 2:33
4 Chatty Chatty Mouth 3:20
5 Soul Rebel 3:58
6 Eli Eli 3:06
7 Hearsay 3:12
8 Rude Boy Ska 2:31
9 Know Yourself Mankind 2:52
10 Thief in the Night 3:41
11 Hello Carol 3:38

Un commentaire

  1. Très bon album, d’où la difficulté à en trouver une copie en vinyle aujourd’hui. Je vous invite à (re) découvrir l’article « reggae roots et amnésie critique » (paru dans l’excellente revue Audimat) qui rend justice à ce disque souvent écarté des tops et autres compilations.

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