George Russell sextet – At the five spot


.CRITIQUE/

Démarrage sur les « chapeaux de roues » pour ce premier disque enregistré par George Russell et son sextet.
Où quand le bop fraye avec des arrangements sophistiqués où les cuivres s’entremêlent à des exercices scabreux très originaux.

George Russell est l’un des défricheurs du jazz moderne et l’un des inventeurs de la musique modale. Ayant écrit une théorie musicale, « Lydian Chromatic Concept of Tonal Organization », il amène le jazz vers une conception intellectuelle sans être Free, avec des arrangements piano qui découpent la musique comme des tableaux aux accents parfois cubistes ou fortement impressionnistes…

L’armature et le son de ce disque restent néanmoins bop et classique ; les musiciens de cet album ( enregistré lors des concerts au Five spot) sortent de la Lenox School of Jazz , à part le tromboniste David Baker et le bassiste Chuck Israels qui sont plus connus.

Un disque d’une tenue parfaite au service d’une créativité qui fait avancer les choses. Magistral ! Ocollus

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George Russell Sextet at the Five Spot est un album de George Russell initialement sorti chez Decca en 1960. L’album contient des enregistrements réalisés au Five Spot Café par Russell avec Al Kiger, David Baker, Dave Young, Chuck Israels et Joe Hunt. La critique de Ken Dryden sur Allmusic indique que « bien que Russell joue plutôt dans un style de compositeur/arrangeur au piano, ses arrangements très ambitieux sont très attrayants. Tous ceux qui apprécient ses albums sortis chez RCA, Riverside et Decca à cette période de sa carrière devraient absolument se procurer ce CD qui deviendra sans aucun doute un objet de collection. ». Wikipedia


George Russell, tout comme Lennie Tristano, est l’un des prophètes méconnus du jazz moderne. Les innovations théoriques qui ont fait sa renommée imprègnent cette session enregistrée en petit groupe, sortie en 1960 chez Decca et aujourd’hui rééditée chez Verve. Bien qu’il soit présenté comme un album live, l’essai de Kirk Silsbee qui accompagne la réédition révèle le pot aux roses : Russell (au piano) et son sextuor ont enregistré l’album en studio après trois semaines au Five Spot, le titre est donc figuratif et non littéral. À l’exception du tromboniste David Baker et du bassiste Chuck Israels, les musiciens sont assez méconnus, ayant été recrutés par Russell parmi ses élèves de la Lenox School of Jazz : le saxophoniste David Young, le trompettiste Alan Kiger (« Al Kiger » dans la nouvelle pochette) et le batteur Joseph Gayle Hunt (« Joe Hunt »). La pochette arrière originale comporte un petit détail malicieux : Young, Kiger et Baker sont crédités respectivement comme « premier saxophone alto », « première trompette » et « premier trombone ».

Le plus étonnant dans cet enregistrement est la capacité de Russell non seulement à synthétiser, mais aussi à élargir et redéfinir le vocabulaire bop et modal de l’époque. Du côté du bop, Russell réécrit « Sippin’ at Bells » dans une harmonie à trois voix aussi dense et amère que du café noir, puis laisse ses solistes s’exprimer librement sur un blues up-tempo, ajoutant quelques accents stop-time pour pimenter le tout. Le bop avant-gardiste fait son retour sur le dernier morceau, « Moment’s Notice » de John Coltrane, un morceau qui était très en vogue à l’époque. loin du véhicule familier qu’il est aujourd’hui. Navigant avec une aisance inspirée parmi les harmonies chargées, le groupe interprète le morceau de manière assez fidèle, même si Russell y ajoute quelques accords caractéristiques dans l’intro et le refrain. Une fois encore, le stop-time joue un rôle prépondérant dans les solos.

La sensibilité modale de Russell transparaît clairement dans son morceau original « Swingdom Come » et dans « Dance Class », une pièce d’une compositrice alors inconnue nommée Carla Bley. (La carrière de Bley allait bientôt connaître un autre essor important grâce au quartet d’Art Farmer avec Steve Kuhn en 1965). Certains considèrent Russell, plutôt que Miles Davis, comme le véritable créateur du jazz modal. Quoi qu’il en soit, cet album montre que peu après la sortie de Kind of Blue de Davis en 1959, Russell avait déjà fait passer cette nouvelle forme musicale à un niveau supérieur.

Ajoutez le blues au bop et au modalisme, et vous obtenez la trinité musicale qui fait la cohésion de l’album. Non seulement sur « Sippin’ at Bells », mais aussi sur « 121 Bank Street » de David Baker et sur un deuxième morceau de Carla Bley, « Beast Blues », le sextuor de Russell démontre que le blues est infiniment malléable, applicable même dans les contextes théoriques les plus rarifiés. Allaboutjazz – David Adler


1 « Sippin’ at Bells » (Miles Davis) – 7:19
2 « Dance Class » (Carla Bley) – 6:17
3 « Swingdom Come » – 7:30
4 « 121 Bank Street » (David Baker) – 5:58
5 « Beast Blues » (Bley) – 8:56
6 « Moment’s Notice » (John Coltrane) – 8:02

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