Eric Dolphy – At the Five spot Vol1


  • CRITIQUE/

C’est pour des disques comme celui-ci que j’ai créé ce blog. Car voici l’un des chef-d’œuvre en concert de la naissance du jazz libre, tant par ses protagonistes que par la qualité de l’enregistrement.

Un disque de live avant tout ! C’est au magicien Rudy Van Gelder que revient la prise de son fantastique. J’ai rarement entendu un enregistrement de concert en ayant l’impression d’être au centre de la scène avec les musiciens. Certes, la technologie permet aujourd’hui des miracles, mais l’art de placer des micros c’est tout de même autre chose !

Ce casting incarne l’avant-garde de la modernité jazz avec Ed Blackwell, batteur d’Ornette Coleman, Mal Waldron pianiste compositeur au lyrisme débridé (même s’il joue ici sur un piano désaccordé) Richard Davis, contrebassiste aux multiples collaborations (Booker Ervin ou Andrew Hill) et surtout le jeune trompettiste prodige Booker Little, qui signe ici quelques compositions fulgurantes.

Ce disque est fort dans tous les sens du terme, RVG capte toute la dynamique de ce live comme personne. C’est un disque puissant, qui vient magnifier le rapport indéfectible qu’Eric Dolphy aura avec Booker Little, comme avec Mingus et Coltrane. Ce disque n’est que le N°1 d’une trilogie.

Juste majestueux ! Ocollus

Cliquez pour écouter (ci-dessous)

Full album……

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« La musique de jazz, c’est comme les bananes, ça se consomme sur place », affirmait Jean-Paul Sartre. Autrement dit, le dis-que ne donnerait de la banane qu’un goût affadi. En fait, le philosophe suggérait que la culture n’est vivante que pour ceux qui la partagent dans une même situation. Idéalement, le jazz ne devrait être écouté que dans un club new-yorkais.

En réalité, beaucoup de sommets du genre ont été enregistrés en studio dans les conditions du direct. Ainsi Kind of Blue, de Miles Davis, chef-d’oeuvre des chefs-d’oeu­vre. Un des plus beaux enregistrements live du jazz moderne est ce Eric Dolphy at the Five Spot, réalisé par le sorcier des sons Rudy Van Gelder, à New York, le 16 juillet 1961. Dolphy, au saxophone alto et à la clarinette basse, n’est pas encore très connu. L’année précédente, il a enregistré Free Jazz en double quartet avec Ornette Coleman, à qui on le compare. Il est un « passeur » entre le bop et le free, avec ses phrases anguleuses, ses écarts inaccoutumés, sa sonorité écorchée, son phrasé abrupt. Les années suivantes, il rejoindra John Coltrane dans son quintet.

C’est en studio qu’il enregistre son oeuvre phare, Out to lunch (Blue Note). En 1964, il meurt à Berlin. On l’avait pris pour un drogué, il avait un ulcère qu’on laissa saigner. La session du Five Spot est exemplaire de son art étrange et passionnant : des thèmes originaux, avec une valse fièvreuse, Fire Waltz, un thème lancinant, The Prophet, une rythmique obsessionnelle où Mal Waldron triture les accords à la façon de Monk sur un piano désaccordé, Richard Davis, généreux à la contrebasse, Ed Blackwell à la batterie, prodigieusement attentif, et surtout, à la trompette, digne d’eux, l’extraordinaire Booker Little, en train de faire lever son style comme un soleil et qui allait disparaître trop vite.

Oui, ce jazz a la banane. Michel Contat

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1. « Fire Waltz » (Waldron) – 13:44
2. « Bee Vamp » (Little) – 12:30
3. « The Prophet » (Dolphy) – 21:22
4. « Bee Vamp » (Alternate Take) – 9:27

Eric Dolphy — alto saxophone, bass clarinet and flute
Booker Little — trumpet
Mal Waldron — piano
Richard Davis — double bass
Ed Blackwell — drums

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