
.CRITIQUE/
« Le son est Roi ». Voici le slogan du label français Totolo qui a enregistré ce disque.
» Pour jouer tu dois avoir une blessure de l’âme : sans cette blessure tu ne peux pas jouer. »
Bara Sambarou
Focus sur un artiste, un style et ce qui représente l’âme peule et malienne. Les griots occupent une place centrale en Afrique sous différents noms, mais c’est en Afrique de l’Ouest, plus particulièrement au Mali que le style est le plus représentatif.
Bara Sambarou fait parti des « grands griots ». Accompagné de son hoddou, une guitare traditionnelle (d’autres utilisent la Kora ou d’autres instruments), il relate les contes et les histoires ou accompagne tous les moments de la vie des peuls (cérémonies, rituels, etc).
La culture de cet instrument qu’est le hoddou, sera transmise pendant les voyages commerciaux dans le nord du Maghreb et plus particulièrement lors du commerce avec Essaouira, ex-Mogador, située au Maroc. Cet instrument deviendra l’instrument principal de la musique des confréries Gnaoua (ou Gnawa) marocaines dans tonalité plus basse et grave.
Bara Sambarou est repéré par un français qui l’enregistre dans son label Totolo. Le griot a beaucoup enregistré de cassettes durant sa carrière. Pour produire ce disque, Totolo fait remastériser un vielle cassette enregistré en 1979. Le morceau « Gambari », tube connu dans tous les pays où les Peuls résident, est prêt à franchir les frontières du continent en 2008.
Ce musicien est mort en 2018. Cet enregistrement, qui respecte la tradition dans son ensemble, est l’un des monuments de la musique peule, car ce morceau se retrouve aussi sur des enregistrements plus que douteux de remixages improbables !
Un album enregistré pour l’histoire… Ocollus
Cliquez pour écouter (ci-dessous)
Lors d’un voyage au Mali en 2006, quelques notes de hoddou (guitare traditionnelle Malienne) entendues au marché central de Bamako m’ont fait tendre l’oreille.
La chanson s’appelait « Gambari ».
Je suis remonte à la source de son, une modeste échoppe de cassettes et j’ai acheté une copie au vendeur.
La copie a été dupliquée par le vendeur lui-même sur une cassette sans marque, a l’aide d’un radio cassette « double deck ». « Bara Sambarou/Gambari 79 » était écrit à la main sur une étiquette blanche collée.
De retour à Londres, la magie de cette chanson fut si forte que je décidai de sortir cette chanson sur mon label Totolo.
Après quelques mois, je retournai donc au marché central de Bamako et je demandai au vendeur de cassettes d’où venait ce son et qui était Bara Sambarou son auteur, et ou pourrais-je le rencontrer.
Sa réponse m’envoya à 800 Km au nord à Mopti la capitale du peuple Peul, ou je rencontrai Kola, le manager et producteur de Bara, lui-même un vendeur de cassettes très connu a Mopti.
Le lendemain Kola m’emmena à Konsa, le village ou Bara vit avec une partie de ses femmes et de sa famille.
Lors de notre entrevue, assis sur un tapis et autour d’une cruche de lait caille, Bara m’a écouté parle pendant une demi-heure sans intervenir, puis m’a dit « ok » et m’a serré la main.
Je suis donc revenu à Bamako avec Kola afin de digitaliser la cassette originale qu’il gardait dans une boîte en bois au fond de son échoppe. La cassette était une vieille TDK poussiéreuse et sans boîtier.
Bien sûr le son était très loin de l’audiophilie, et j’ai donc demandé de l’aide à Kassin, l’un des plus talentueux jeunes producteurs de Rio de Janeiro (Orquestra Imperial, +2, Artificial, etc.…) qui a fait un superbe travail de restauration et d’embellissement du son et a mis en stéréo ce qui était à l’origine un master mono.
À ce stade, et tout heureux que j’étais d’avoir enfin un master CD, j’étais très conscient qu’un album « Gambari 79 » était virtuellement invendable en Europe.
Qui a l’ouverture d’esprit, le temps et l’oreille pour apprécier une chanson de 30 minutes, enregistrée en 1979 sur un radiocassette enregistreur, chantée dans une langue étrange et supportée par un hoddou (guitare Malienne traditionnelle) solitaire ?
J’ai donc entrepris de filmer un documentaire sur Bara Samabarou, en espérant qu’en ayant la possibilité de découvrir et de voir le plus grand griot Peul encore vivant, d’apprécier son charisme et ces histoires, l’accès a sa superbe musique serait facilité.
Bara est ce qu’on appelle au Mali un « grand griot », il est en fait le « patron » des griots Peul.
Cela se voit dans ses richesses, terres, maisons, voitures, bétail, etc.… qui lui ont tous été donnes par les gens pour qui il a chanté.
Mais cela se voit aussi à travers le respect et l’amour que ses amis, ses voisins, et son peuple en général lui témoigne.
Comme le dit quelqu’un dans le film, « Lorsque tu écoutes Bara chanter, si tu es Peul, même si on te tuait tu ne ressentirais rien ».
Gambari est une chanson dédiée aux et chantée uniquement pour les Diawando, habitants d’une des régions du pays Peul, et qui sont considérés comme de très bons commerçants.
Le gambari est une étoffe de laine d’agneau que les Diawando ramènent entre autres du Nigeria après y avoir vendu leur bétail. Lorsqu’ils reviennent au pays Peul, ils montrent le gambari qu’ils ont acheté, et cela assoit leur bonne réputation et les rend populaires spécialement auprès des femmes.
Le hoddou est la guitare traditionnelle et ancestrale Malienne. Il a quatre cordes et sa taille varie selon le modèle et le choix de l’interprète. Il est composé d’une caisse de résonance naviforme recouverte d’une peau de tête vache séchée, et d’un manche cylindrique tailles dans le bois. Certains griots fixent au sommet du manche un « boubal », pièce de métal fine et plate de la taille d’une main. Cette pièce de métal trouée à espaces réguliers sur sa circonférence par des anneaux de fer, résonne au rythme des mouvements de l’instrument, des percussions des doigts et de la vibration des cordes et produit un son d’accompagnement typique, comme vous pourrez l’entendre sur Gambari 79. Enfin le joueur utilise des « seguele », mot Peul qui désigne des onglets fabriques avec des bouts d’os fixes a l’index et au majeur de l’instrumentiste par de fines lanières de cuir. Ces segules, servent à la fois à adoucir la brûlure des cordes sur les doigts et d’instrument de percussion lorsqu’elles viennent frapper la peau de la caisse.
Comme le dit Bara « Je prends beaucoup de plaisir à jouer du hoddou et cela donne aussi du plaisir aux gens. Pour jouer tu dois avoir une blessure de l’âme : sans cette blessure tu ne peux pas jouer. »
En écoutant Gambari et en regardant ce film vous serez vous aussi à même de juger si Bara Sambarou a cette « blessure » Jean Ducasse.
Cet album s’accompagne d’un dvd comportant le documentaire « Bara Sambarou, un griot Peul », d’un live et de bonus. AFRICULTURES
Ce week-end, les amateurs de musique malienne et mandingue du monde entier, ainsi que sur Internet, ont rendu hommage à Kasse Mady Diabate. Son décès a non seulement mis fin prématurément à une carrière musicale bien remplie, mais il accélère également la fin d’une époque : celle des maîtres griots, nés dans les campagnes maliennes, élevés au cœur de la tradition, qui ont appris et perfectionné leur art au fil d’innombrables cérémonies et rituels locaux. Une génération de musiciens qui a donné naissance à la musique malienne moderne dans les années 1960 et 1970 et qui a fait rayonner la musique mandingue au-delà du Sahel. J’ai eu la chance d’assister à un concert mémorable et émouvant que Kasse Mady a donné à Ouagadougou en janvier 2016, une semaine seulement après la première attaque terroriste qui a traumatisé la capitale du Burkina. Kasse Mady Diabate a été inhumé ce week-end à Bamako à l’issue d’une cérémonie présidée par Ibrahim Boubacar Keita, le président du Mali. Sur worldservice, le blog de référence consacré aux trésors musicaux maliens, Stefan a rendu un bel hommage à Kasse Mady en proposant une sélection de certains de ses plus grands moments enregistrés.
Plus tôt cette année, une autre légende de la musique malienne s’est éteinte dans une discrétion bien plus grande (je n’ai appris la nouvelle que ce week-end, en parcourant des vidéos maliennes sur YouTube). Bara Sambarou, sans doute le griot peul le plus célèbre du Sahel, s’est éteint dans son sommeil aux premières heures du dimanche 7 janvier 2018. Né Ibrahim Sambarou Sarré en 1946, il a passé la majeure partie de sa vie dans le village de Konsa, dans la région de Mopti. Il était l’élève de Hamdoum Birinta Djiga, le premier griot peul à avoir chanté à la radio nationale malienne, et d’Emana Patal, maître du hoddu, le luth traditionnel.
Au cours de sa carrière, Bara Sambarou a enregistré des centaines de cassettes pour autant de clients, mais c’est une composition en particulier, « Gambari », qui a forgé sa réputation dans la région. Sambarou a enregistré sa première version de ce morceau à la fin des années 1970. Le titre de la chanson tire son nom d’un tissu très prisé que les marchands de bétail peuls rapportaient au Mali depuis le Nigeria. Bara Sambarou a composé la mélodie et enregistré la chanson pour son « producteur » Alpha Kola Bocoum, également connu sous le nom de Kola Hampoulo, qui a multiplié et vendu l’enregistrement depuis son étal à Mopti. L’enregistrement a rapidement atteint Bamako, puis s’est répandu dans tout le Sahel peul, devenant l’un des enregistrements de musique traditionnelle sahélienne les plus vendus et les plus copiés. J’ai acheté des copies de cette cassette à Nouakchott, Dakar, Ouagadougou et Bamako.
Au milieu des années 2000, le journaliste français Jean Ducasse a entendu Gambari jouer sur un marché de Bamako. Il a été captivé par cet enregistrement et s’est rendu à Mopti pour rencontrer Alpha Kola Bocoum, puis à Konso pour rencontrer Bara Sambarou. Son voyage a débouché sur la sortie internationale de l’album de Gambari, remastérisé à partir de la cassette originale. Cette réédition, sous le label Totolo, comprenait un documentaire de 20 minutes sur Bara Sambarou et l’histoire de Gambari. J’ai acheté cette réédition à Paris à l’automne 2009 et j’ai attendu que le monde entier partage mon enthousiasme. Cela reste, à mon avis, l’une des rééditions les plus importantes de musique africaine jamais parues. Ducasse et son équipe de production ont pris le temps de documenter et de partager l’histoire derrière la musique et l’artiste, faisant découvrir un document sahélien essentiel à un nouveau public et préservant l’enregistrement pour la postérité.
Il existe de nombreuses autres rééditions de qualité qui accordent autant d’attention à la recherche qu’à la présentation, mais celle-ci est l’une des rares à proposer un enregistrement d’une importance capitale, tant sur le plan esthétique qu’historique, pour un public africain régional, contrairement aux nombreuses rééditions consacrées à des enregistrements africains « fantaisistes » (des singles jetables des années 1970, inconnus de la plupart des publics africains, à l’époque comme aujourd’hui). La réédition de Gambari semble toutefois avoir disparu sans laisser grand-chose derrière elle. Jamais largement diffusée en 2008, elle est aujourd’hui épuisée, introuvable même sur les plateformes de distribution en ligne (iTunes, Amazon) : à l’exception d’un remix de DJ sans intérêt de la mélodie de Gambari.
Voici « Gambari » de Bara Sambarou, un enregistrement de référence de la musique sahélienne, remastérisé à partir de la cassette originale, tel qu’il a été publié en 2008 par le label Totolo. Sambarou est revenu à la mélodie de « Gambari » tout au long de sa carrière, réalisant plusieurs dizaines d’enregistrements de cette composition. Ce coffret propose deux versions : la première, enregistrée en 1979, reste la plus emblématique. La deuxième version n’est pas datée.
1 Intro
2 Instrumental
3 Gambari Part One
4 Gambari Part Two
5 Gambari Part Three
6 Gambari Part Four
7 Outro
8 Intro
9 Laidback Gambari
10 Outro
11 Soul Mix 2008
