
.CRITIQUE/
Cela fait déjà quelques années que Wayne Shorter est le saxophoniste attitré d’un des plus grands groupes de hard bop : les Jazz Messengers d’Art Blakey. Il signe ici son 3ème album sous son nom et sa dernière galette sur le label » Veejay Records « . Wayning Moments n’est peut-être pas le disque de sa consécration, mais celui qui le fera connaitre.
Il est accompagné ici de celui qui deviendra un de ses alter-ego de l’époque, le trompettiste Freddie Hubbard. Cet éminent technicien de la trompette l’accompagne aussi dans le sextet d’Art Blackey.
Le quintet ici est intéressant pour la finesse, la qualité des compositions du saxophoniste et la complicité des 2 soufflants, même si la section rythmique reste un peu timide à mon goût.
Le choix des thèmes est très Hard Bop avec un mélange de compositions et de reprises triées sur le volet, dont le thème » Orpheo Negro » ; mais c’est surtout l’énergie et la fraîcheur des compositions « Devil’s island », ou « Power keg » qui démarre sur les chapeaux de roues en s’inscrivant dans la plus grande tradition Bop .
Cette génération va marquer le jazz moderne, cette vitalité en est la preuve. Wayne Shorter rentrera dans le 2ème quintet de Miles Davis dans les années qui suivront. Un disque de jazz abordable pour le néophyte averti. Ocollus
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Cet album de BeeJay Production n’est ni les débuts de Wayne en tant qu’artiste solo, ni sa première apparition sur cassette et vinyle ; il s’agit de l’album qui l’a révélé au grand public, tant par sa qualité que par la maturité de ses arrangements et de ses compositions, et qui contient pas moins de quatre compositions originales de Wayne (ainsi qu’une de son collègue Eddie Higgins). Enregistré les 2 et 6 novembre 1961, l’album est sorti l’année suivante. Il se distingue par le fait qu’il est le fruit du travail d’un groupe de jeunes d’une vingtaine d’années, encadrés par un membre plus âgé, le collaborateur de Wayne au sein des Art Blakey Jazz Messengers, le bassiste James Raleigh « Jymie » Merritt (oncle du fondateur des Chi-Lites, qui porte le même nom), alors âgé de 35 ans au moment de ces sessions d’enregistrement.
1. « Black Orpheus [Take 4] » (4:35) : une composition d’Antonio Carlos Jobim et Luiz Bonfá, magnifiquement interprétée grâce aux professionnels Eddie Higgins et Jymie Merritt. Doux et cool. Wayne, à mon avis, en fait un peu trop pour impressionner dès le départ, tandis que Freddie et Eddie sont beaucoup plus posés, construisant lentement leur crédibilité. Ce n’est pas grave : Wayne s’en sort mieux la fois suivante. (9/10)
2. « Devil’s Island [Take 8] » (3:56), la première des compositions originales de Wayne, ressemble beaucoup au morceau précédent, tant au niveau du tempo et du déroulement mélodique que, dans une certaine mesure, du style et de l’harmonie. Le morceau s’ouvre sur Freddie et Wayne jouant en tandem comme une « section de cuivres », puis ils enchaînent avec des solos dans l’ordre suivant : Wayne (nerveux ?), Freddie, d’une douceur soyeuse, et Eddie (le plus long), avant de se réunir à nouveau en « section de cuivres » pour la conclusion. (8,875/10)
3. « Moon Of Manakoora [Take 2] » (3:43) Cette reprise d’un morceau d’Alfred Newman et Frank Loesser met davantage en avant le travail « standard » de la section rythmique assurée par Marshall et Jymie, avant que Freddie, Eddie et Wayne ne se relaient pour les solos. Une fois de plus, Wayne semble se lancer comme s’il avait quelque chose à prouver. Je commence à me lasser un peu de ce jeu « standard » à la batterie et à la basse. Trois morceaux d’affilée ! (8,875/10)
4. « Dead End [Take 8] » (4:34) Deuxième contribution de Wayne à l’album ; il a apparemment fallu huit prises pour satisfaire le compositeur – et je comprends pourquoi : c’est un morceau assez exigeant, tant au niveau du jeu des cuivres qu’au niveau des exigences bien plus strictes imposées à la section rythmique – notamment en raison de son tempo entraînant. Tout le monde se montre à la hauteur, en particulier le batteur Marshall Thompson, mais c’est Freddie Hubbard qui m’impressionne le plus : il est tellement solide, puissant et décontracté. Wayne ne prend pratiquement pas de temps de solo. (8,875/10)
5. « Wayning Moments [Take 2] » (4:21) : contribution à l’album de Eddie Higgins, membre du groupe (d’où ce titre de chanson un peu ringard – qui est d’ailleurs devenu, on ne sait trop comment, le titre de l’album lui-même) ; il s’agit d’un morceau de cool jazz dans la veine de « All Blues » de Miles Davis, où Freddie est invité à utiliser une sourdine modulable sur sa trompette. Le pianiste Eddie Higgins s’en sort très bien au milieu du morceau et Wayne réalise l’un de ses meilleurs solos, plus mûr (même s’il rappelle le style de Dexter Gordon). Belles mélodies, Eddie ! (9/10)
6. « Powder Keg [Take 5] » (3:13) La troisième composition originale de Wayne s’ouvre, comme son titre l’indique, sur une explosion sonore de tout le groupe, avec le rythme frénétique de cette agitation paniquée que l’on observe chez les gens après une perturbation aussi violente de leur routine quotidienne. Une fois de plus, tout le monde semble se montrer à la hauteur des exigences de la composition, en particulier Marshall et Freddie (Eddie et Jymie semblent manquer un peu de punch dans leurs interprétations). On aurait juste aimé que ce morceau soit un peu plus accrocheur. (8,875/10)
7. « All Or Nothing At All [Take 3] » (2:58) : ralentie pour une nouvelle tentative de reprise d’un standard, celui-ci signé Arthur Altman et Jack Lawrence. De jolies mélodies à la « My Funny Valentine » – on peut pratiquement entendre la voix de la chanteuse à travers les interprétations au saxophone ténor de Wayne. Ce morceau aurait pu (et aurait dû) être plus long (car il est agréable et cela aurait permis d’inclure les interprétations en solo des autres musiciens). (9,125/10)
8. « Callaway Went That-A-Way [Take 3] » (4:51) : dernière des quatre compositions originales que Wayne a apportées à l’album. Je comprends la référence contenue dans le titre de la chanson, mais je ne connais pas suffisamment la musique (ni la mystique) de Cab Callaway pour percevoir ou ressentir les références faites dans la musique de Wayne. J’adore le jeu de batterie de Marshall Thompson, et Jymie et Eddie semblent parfaitement à leur place pour accompagner et compléter le reste de la section rythmique pendant que Wayne et Freddie enchaînent leurs solos : là encore, c’est Freddie qui m’impressionne le plus ; il dégage une telle aura et une telle maturité ! Et il n’avait que 23 ans au moment de ces enregistrements ! C’est mon morceau préféré sur cet album solide, même s’il n’a rien d’exceptionnel. (9,5/10)
Il est intéressant d’entendre un album de jazz classique contenant des morceaux relativement courts. Je découvre plusieurs de ces musiciens pour la toute première fois, mais l’interprète de loin le plus impressionnant et le plus constant est Freddie Hubbard. Musique archives
Black Orpheus 4:36
Devil’s Island 3:37
Moon Of Manakoora 3:44
Dead End 4:35
Wayning Moments 4:20
Powder Keg 3:13
All Or Nothing At All 2:57
Callaway Went That-A-Way 4:51
