Bikidude – Zanzibar


Bi_Kidude

  • CRITIQUE/

Voici une chanteuse pour qui j’ai le plus grand respect. J’ai découvert son disque par inadvertance au fond d’un bac de soldes il y a maintenant quelques années… 

Outre son personnage haut en couleur, ce disque résume à lui seul la richesse de Zanzibar. Le morceau mis en avant dans ce post aborde l’aspect traditionnel des grands orchestres classiques arabes, où le chanteur ou la chanteuse improvise des textes ironiques sur la société, dans la pure tradition du « Taarab »,  joute verbale qui signifie en arabe : « joie par la musique ». La vidéo nous montre la chanteuse avec le plus grand orchestre de l’ile (Culture musical club).

Mais cela ne s’arrête pas là, car le même morceau peut être joué de différentes façons : soit avec des percussions dans la tradition purement africaine, où avec batterie, guitare électrique et saxophones d’une manière faussement moderne comme dans l’extrait ci-dessous.

Décédée il y a quelques années, Bikidude et sa voix hors du commun restera unique, attachante, et l’une des grandes chanteuses du continent africain.  Ocollus

Cliquez pour écouter (ci-dessous)

« Muhogo wa jong’ ombe »…….(version électrique)

« Muhogo wa jong’ ombe »…….(version Taarab)

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Figure emblématique de Zanzibar, Bi Kidude est la chanteuse la plus mythique d’Afrique de l’Est. Sa voix grave et gutturale n’a pas d’âge, une robe et quelques touches de maquillage suffisent pour transformer en star cette doyenne frêle et fragile.

Agée de 94 ans, cette vénérable dame a entamé sa carrière au début des années 30. en apprenant les rudiments du taarab, le fameux genre musical typique de Zanzibar Toute sa vie, elle a pratiqué ce style évoquant les métissages de l’île soumis aux influences asiatiques, arabes, africaines, indiennes… Le groupe traditionnel de taarab, composé de joueurs de cithare, flûte, luth, accordéon, violoncelle, contrebasse, violon, tambourin et bongo, ainsi que d’un choeur de femmes et de solistes, interprète des airs traditionnels à la manière des orchestres de cinéma égyptiens. Ils évoquent ainsi l’ambiance d’un bal arabe fin de siècle pimenté d’influences africaines.

La carrière de Bi Kidude a été couronnée en 2005 par un Award d’honneur au festival Womex, consécration remise par l’ensemble des professionnels des musiques du monde. Africultures

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Quand Bi Kidude ne chante pas, elle fume. Assise sur une natte dans la pénombre de sa petite maison d’un quartier périphérique de Stone Town, sur l’île d’Unguja (Tanzanie), elle sort de son soutien-gorge un minuscule briquet vert. La première cigarette n’a pas fini de se consumer que Bi Kidude en allume une autre avant de se mettre à raconter. Car quand Bi Kidude fume, elle parle. Elle parle de sa vie, longue et sinueuse comme les traits de son visage.

«J’ai rencontré la reine Elizabeth vous savez. Et puis j’ai chanté à Paris. Et j’ai vécu sur le continent, au Tanganyika.»

Bi Kidude, de son vrai nom Fatuma Binti Baraka, est loin d’être la «petite chose» que son surnom désigne en swahili. A Zanzibar où elle est née, on la considère aujourd’hui comme la reine du taarab, la musique traditionnelle de l’archipel. Elle est aussi celle qui, sans complexe, bouscule les traditions.

    «J’ai commencé la musique à 10 ans, grâce à mon cousin. Il m’initiait au taarab en attendant le poisson dans sa barque. Puis, quelques années plus tard, je suis allée à la rencontre de Siti Binti Saad.»

Une femme qui, dans les années 1930, a réussi à se faire un nom dans le milieu très masculin du taarab.

  «A l’époque, elle montait sur scène cachée sous un voile, se souvient Bi Kidude. Beaucoup disait que c’était parce qu’elle était laide comme un singe. Je peux vous affirmer, moi, que c’était faux: elle était belle et ne faisait que respecter la tradition.»

La chanteuse se redresse sur sa natte et réajuste son vêtement. «Moi aussi je respecte la tradition, mais je refuse d’être voilée.» Et qui pourrait imposer quoi que ce soit à Bi Kidude, une femme qui fume, boit de la bière et qui a divorcé deux fois dans un pays à 95% musulman?

«On ne sait pas quand elle est née»
Bi Kidude vit sa vie comme elle l’entend et ne laisse personne percer les mystères de son existence. Le réalisateur britannique Andy Jones en sait quelque chose, lui qui, pour les besoins de son documentaire As old as my tongue, a suivi l’artiste pendant trois ans d’un bout à l’autre de la planète:

    «On ne sait pas quand elle est née, ni ce qu’elle a fait exactement de sa vie. Elle change de version à chaque interlocuteur. On peut juste affirmer qu’elle est née avant 1915 et qu’elle a vécu quelques années en dehors de l’archipel.»

Quelques rares éléments, pourtant, reviennent d’un récit à l’autre: née d’un père vendeur de noix de coco dans le Zanzibar colonial, Fatuma aurait très jeune été reconnue par les musiciens locaux pour sa voix au grain si particulier. Mariée de force à 13 ans, elle quitte sa famille pour le continent. C’est là qu’elle rencontre Siti Binti Saad et, sous sa protection, elle commence à chanter dans toute l’Afrique de l’Est. On dit aussi qu’elle aurait traversé la Tanzanie à pied pour fuir son second mari avant de rentrer s’installer à Stone Town dans les années 1940.

Guérisseuse et initiatrice
Autant de bribes qui entourent l’existence de Bi Kidude d’un voile quasi mythique sur son île d’origine. Une aura renforcée en 2005 par sa récompense au prix Womex pour sa contribution à l’essor de la culture et de la musique d’Afrique de l’Est. Désormais, quand Bi Kidude monte sur scène, jeunes et moins jeunes partagent la même ferveur pour la chanteuse.

  «Mais c’est aussi parce que c’est une guérisseuse bien connue pour son implication dans « l’Unyago », précise Andy Jones. Depuis toujours, elle anime les cérémonies de ce rite initiatique qui marque le passage des jeunes filles à l’âge adulte.»

Ça, la chanteuse en parle peu. Elle consent seulement cette phrase:

   «Avec la danse et le chant, j’essaie d’apprendre aux futures mariées comment conserver leur mari en se faisant respecter.»

Puis, d’un haussement d’épaule, sa petite silhouette se déploie en direction des percussions posées dans un coin de la pièce. Elle s’assoit soudain, mi-amusée, mi-indignée avant de poursuivre en frappant la peau d’un instrument:

    «Je leur explique aussi qu’on ne porte ni minijupe, ni t-shirts qui font voir le ventre. Vous imaginez si moi je me promenais dans la rue en montrant mon ventre?»

Bi Kidude a fini de fumer. Elle cesse aussi de parler. Mais dans les rythmes du taarab, elle continue de raconter. Elle chante une île épicée où une «petite chose» a pu devenir une grande dame.

Delphine Barrais et Tiphaine Réto –  Bi Kidude chez elle © Tiphaine Réto, tous droits réservés.

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  1/ Bomwanzani Wa Mahaba  [with Twinkling Stars] 10.02

2/  Machozi Ya Huba   [with Twinkling Stars] 6.57

3/ Unyago(A)   [with Unyago troupe] 6.30

4/  Muhogo Wa Jang’ombe  [with Twinkling Stars] 4.36

5/  Arebaba Pakistan  [with Twinkling Stars] 4.52

6/  Unyago(B)  [with Twinkling Stars] 2.39

7/ Arebaba Pakistan  [with Taarab All Stars] 6.32

8/  Muhogo Wa Jang’ombe  [with Shikamoo Jazz & Twinkling Stars] 7.11

9/ Beru  [with Shikamoo Jazz] 7.49

10/  Kijiti  [with Shikamoo Jazz] 6.46

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