George Russell – Ezz-thetics


  • CRITIQUE/

Voici un des disques majeurs de l’histoire du jazz moderne, fait par un des théoriciens du jazz.

George Russell, en convalescence à cause de sa tuberculose, met en place le « concept chromatique lydien » qui se base sur des modes (gammes) plutôt que sur des accords.

Cette première théorie du jazz sera le point de départ du jazz modal, magnifié par l’historique « Kind of blue » de Miles Davis. A l’écoute d’ezz-thetic vous comprendrez toute la modernité !

Mélange de bebop et d’avant-garde, George Russell nous montre ici l’étendue de sa palette artistique en invitant la caution moderne avec Eric Dolphy ! Oui encore lui ! Des reprises de T.Monk et de M.Davis viennent aussi légitimer le propos.

Une pièce  d’une élégance rare. Ocollus

Cliquez pour écouter (ci-dessous)

Full album……

————————–

Sorti en 1961, Ezz-thetics est un album important dans l’histoire au même titre que Kind of Blue de Miles Davis ou The Blues and the Abstract Truth de Oliver Nelson. C’est un album entre tradition, bebop et la nouvelle musique d’alors, le free jazz et mets en valeur les jeunes talents prometteurs, notamment Eric Dolphy ou Don Ellis. George Russell déploie ici tous ses talents de compositeur et arrangeur tout en rappelant qu’il est aussi un bon improvisateur au piano à travers une sélection de compositions personnelles mais aussi de « classiques » du jazz comme Nardis ou ‘Round Midnight. Un album qui capture le jazz de son époque et témoigne de son évolution.

Formation musicale

Enfant, George Russell chante dans la chorale d’une église méthodiste.

Il fait ses débuts sur scène à l’âge de 7 ans en chantant «Moon Over Miami» avec Fats Waller. Son enfance est imprégnée de la musique des big bands qui jouent sur les bateaux qui sillonnent l’Ohio.

George Russell commence à jouer de la caisse claire dans une fanfare de scouts avant de pratiquer la batterie à 12 ans. Titulaire d’une bourse scolaire de la Wilberforce University, il entre dans le groupe des « Collegians », connu pour être un creuset de grands musiciens de jazz (notamment Ben Webster, Coleman Hawkins ou Benny Carter).

Appelé sous les drapeaux au début de la Seconde Guerre mondiale, Russell est rapidement hospitalisé, victime de la tuberculose. C’est durant cette hospitalisation qu’il étudie, auprès d’un autre patient, les fondements de la théorie musicale

Débuts professionnels

À sa sortie de l’hôpital, il est engagé comme batteur dans l’orchestre de Benny Carter, mais il décide de renoncer après avoir entendu le batteur Max Roach, qui le remplace dans l’orchestre.

L’écoute de ‘Round Midnight, de Thelonious Monk, l’incite à se rendre à New York au début des années 1940. Il y rejoint un groupe de musiciens habitués à se réunir dans l’appartement de Gil Evans dans la 55e rue pour parler musique. Dans ce groupe figurent Miles Davis, Charlie Parker, Gerry Mulligan, John Carisi et John Lewis.

Une remarque de Miles Davis en 1945 entraîne Russell dans la quête qui deviendra le but de sa vie. Alors que Russell demande à Miles Davis quel est son but musical, celui-ci lui répond qu’il aimerait « apprendre tous les accords ». Sachant que Davis savait déjà arpéger tous les accords, Russell en déduit que le trompettiste entendait par là qu’il souhaitait trouver une façon nouvelle et plus large de jouer en relation avec les accords.

En 1945-46, Russell est à nouveau hospitalisé à cause de la tuberculose, pour 16 mois. Pendant cette période, il élabore la trame de ce qui deviendra Le Concept chromatique lydien d’organisation tonale, une théorie couvrant toute la musique tempérée qui aura une influence bien au-delà des frontières du jazz, et dont la première édition sera publiée, sous forme de thèse, en 1953. À l’époque, les idées de Russell sont une étape cruciale vers la musique modale de John Coltrane et Miles Davis (voir l’album de ce dernier, Kind of Blue), et font figure de phare pour d’autres artistes comme Eric Dolphy ou Art Farmer.

Tout en travaillant sur sa théorie, George Russell applique ses principes à la composition. L’orchestre de Dizzy Gillespie rend célèbre sa composition en deux parties « Cubano Be, Cubano Bop » en 1947, qui préfigure la fusion du be bop et du jazz cubain, le « latin jazz ».

L’année suivante, Buddy DeFranco enregistre « A bird in Igor’s Yard », un hommage à Charlie Parker et Igor Stravinski.

Russell, qui commence à jouer du piano, dirige des groupes comprenant Bill Evans, Art Farmer, Hal McKusick, Barry Galbraith, Milt Hinton, Paul Motian et d’autres.

En 1957, sur son premier album en leader, The Jazz Workshop, dont il a écrit et arrangé tous les titres, il joue peu (des « chromatic drums »1), se contentant, à l’instar de son collègue Gil Evans, de diriger les événements.

Les années suivantes, il continue d’enregistrer, souvent au piano. La même année, il reçoit comme commande de la Brandeis University pour un concert de third stream music. Il écrit pour l’occasion une suite pour big band, All About Rosie, pour laquelle le pianiste Bill Evans (pianiste) est le principal soliste.

L’album New York, N.Y., lui permet de présenter un big band où figurent notamment Bill Evans, John Coltrane, Art Farmer, Milt Hinton, Bob Brookmeyer, Max Roach. Dans cet album, le chanteur et parolier Jon Hendricks pose les bases de ce qui deviendra le rap et le slam.

En 1960, toujours en big band, il enregistre Jazz In The Space Age. Il revendique son admiration pour la musique d’Ornette Coleman et son écriture devient de plus en plus proche de l’atonalité. Les échanges, sur « Chromatics Universe », entre les deux pianistes Bill Evans et Paul Bley, montrent que Russell se détache du pur jazz modal pour flirter parfois avec le free jazz.

De 1960 à 1963, le pianiste-compositeur dirige un sextuor. Parmi les membres réguliers, on note Dave Baker2 et Steve Swallow, et des musiciens de passage comme Don Ellis ou Eric Dolphy.

Dolphy, Ellis et Baker figurent sur un des disques les plus notables, Ezz-thetics.

Séjour en Europe

En 1964, le sextuor de George Russell part en tournée en Europe. Russell, qui souffre d’un manque de reconnaissance dans son pays, décide de s’installer en Scandinavie. Il y restera cinq ans, travaillant principalement en Norvège et en Suède.

Son groupe comprend alors des jeunes musiciens qui seront le fleuron de la scène internationale dans les années suivantes, Jan Garbarek au saxophone ténor, Terje Rypdal à la guitare et le batteur Jon Christensen.

Il écrit aussi pour des grandes formations, notamment The Electronic Sonata for Souls Loved by Nature, une commande de la radio suédoise enregistrée en 1968 pour grand orchestre et « bandes électroniques », témoignant de l’intérêt du compositeur pour la musique concrète, la musique électronique et les évolutions de l’instrumentation.

L’enseignement

En 1969, à la demande de Gunther Schuller, qui dirige le Conservatoire de musique de la Nouvelle-Angleterre, Russell retourne aux États-Unis pour enseigner le concept chromatique lydien dans le département de jazz qui vient d’être créé. Le compositeur continuera d’y exercer pendant les décennies qui suivront.

Dernières années

Dans les années 1970, Russell reçoit trois commandes majeures : Listen to The Silence, une messe pour orchestre et chœur commandée par le fonds norvégien pour la culture ; Living Time, commandé par Bill Evans pour Columbia Records ; enfin Vertical form VI pour la radio suédoise.

Avec Living Time en 1972, Russell retrouve Bill Evans pour présenter une suite de compositions représentant les différents états de la vie humaine.

The African Game, suite de 45 minutes pour 25 musiciens, lui vaut d’être nommé deux fois pour les Grammy Awards en 1985. Robert Palmer, du New York Times, présente cette œuvre comme « l’une des plus importantes créations de ces dernières décennies ».

Russell tourne dans les années 1980-1990 avec son orchestre, appelé « Living Time Orchestra ».

Dans les années 2000, souffrant de la maladie d’Alzheimer, il réduit son activité. Il décède à 86 ans à Boston.

Théories

Le concept de George Russell repose sur le fait de jouer une musique construite sur des gammes ou des séries de gammes (modes) plutôt que sur des accords ou des harmonies. Le concept chromatique lydien, qui explore les relations verticales entre les accords et les gammes, est le premier exemple de création théorique issue du jazz. Les idées de George Russell ont eu une influence sur le développement du jazz modal, notamment dans l’album Jazz Workshop avec Bill Evans. Ce dernier allait ensuite présenter le concept aux membres du groupe de Miles Davis. l’album « culte » Kind of Blue du trompettiste est un des albums les plus représentatifs du jazz modal.

Prix et récompenses

George Russell a reçu de nombreux prix dans sa carrière, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Il a enseigné son concept partout dans le monde, et a été invité comme chef d’orchestre en Allemagne, Italie, Danemark, Finlande, Norvège et Suède. Wikipédia.

————————–

Ezz-thetic (8:58)
Nardis (Miles Davis) (4:40)
Lydiot (8:10)
Thoughts (5:36)
Honesty (Dave Baker) (9:04)
‘Round Midnight (Thelonious Monk) (6:36)
Kige’s Tune (take 2) (Al Kiger) (6:44) [*]
Kige’s Tune (take 5) (5:42) [*]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s