John Coltrane – Expression


  • CRITIQUE/

« Si nous sommes quelques uns à avoir ressenti sa mort comme une blessure personnelle, nous sommes aussi très conscients que cette mort n’a en rien interrompu une œuvre qui nous semblait – à tort, peut-être – déjà terminée » disait un ancien journaliste dans Jazz magazine.

A l’heure où on exhume un enregistrement inédit de John Coltrane sans vraiment grand intérêt, je me pose la question suivante : Coltrane est-il ressuscité ? Pas vraiment. Cette réédition, outre flatter les majors et leurs portefeuilles en étant la meilleure vente de jazz du mois, est surtout le disque qui empêchera à jamais l’accès à l’immense carrière du saxophoniste historique.

Il ne reste que 4 mois à vivre à John Coltrane quand il enregistre cet ultime album « Expression » en studio : 4 morceaux pour l’éternité… Il ne reste que Jimmy Garrisson le bassiste du quartet historique.

Cet enregistrement est concomitant avec « Interstellar space » qui ne sortira qu’en 1974 et qui est enregistré en duo avec Rashied Ali. Quand john Coltrane enregistre « Love supreme », sa mère dira que son fils « a vu Dieu », avec « Interstellar space » s’est-il brulé les yeux en regardant le soleil pour dégager une telle furie ? Mais avec « Expression » la rage semble retombée. « To be » est un superbe duo de flûtes traversières avec Pharoah Sanders, qui nous donne l’impression d’un calme retrouvé après la tempête, comme si des cendres tombaient en vacillant dans un décor apocalyptique ! Mais à la fin du disque, ses démons le reprennent.

Free jazz ? Oui sûrement, mais en tout cas John Coltrane a toujours cherché cette liberté absolue, celle qui nous arrache de nos acquis culturels, de nos habitudes, des sentiers  battus par la facilité, toujours pour un dépassement de soi... Ocollus

Cliquez pour écouter (ci-dessous)

Full album……

————————–

Le 17 juillet 1967 s’éteignait John Coltrane. Un homme dont la dévotion sans faille pour la cause musicale a fait s’ériger, au propre comme au figuré, des églises en son nom. À cette occasion, il est tentant de paraphraser Jean Wagner, ancien journaliste de Jazz Magazine, et qui, au sujet de sa disparition, tenait ces propos, ma foi, assez justes : « Si nous sommes quelques uns à avoir ressenti sa mort comme une blessure personnelle, nous sommes aussi très conscients que cette mort n’a en rien interrompu une œuvre qui nous semblait – à tort, peut-être – déjà terminée ».

Car en effet, John Coltrane, même dans ses dernières heures, en infatigable bûcheur qu’il était, revenait toujours sur son métier, dans cette quête ultime et presque désespérée d’une perfection qui n’admet aucun facteur humain. À chacun de ses pas, les frontières semblaient s’évanouir, les limites repoussées. « Giant Steps », « Olé », « A Love Supreme », « Meditations » furent autant de balises laissées à l’histoire de la musique contemporaine prouvant si nécessaire que l’expression de l’individualité, quand elle tend vers l’universel, peut franchir toutes les barrières, et les repousse, à chaque fois, un petit peu plus. « Expression » a ceci d’important qu’il nous présente quelques pièces issues du tout dernier enregistrement du géant aux studios de Englewood Cliffs, les seules aussi où l’on peut entendre son quintette fraîchement officialisé dans pareil contexte. Ça n’étonnera plus personne ; la voie du free jazz dans laquelle notre homme s’était engagé dernièrement est consolidée par l’approche radicalement moins tributaire des racines bop et blues de ses nouveaux acolytes. Toutefois, si tout ceci reste un exercice de haute voltige, il ne transcende pas. « To Be », pour duo de flûtes, ressemble déjà étrangement à ce que Alice Coltrane tentera par la suite. Et le torturé « Offering » suscitera des vocations bien au-delà du territoire jazz. Oui, torturé est le mot car même dans ses moments les plus calmes (la plage titre), John Coltrane ne s’est jamais épargné la moindre souffrance…gutsofdarkness

————————–

1. Ogunde 3:34
2.To be 6:18
3. Offering 8:21
4. Expression 10:46

John Coltrane : Saxophone, Flûte
Alice Coltrane : Piano
Jimmy Garrison: Contrebasse
Rashied Ali : Batterie
Pharoah Sanders : piccolo, flûte, tambourin ; dans To be.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s