Albert Ayler – Spirits Rejoice


  • CRITIQUE/

En cette période si mouvementée où la république a le hoquet, je vous propose le disque d’un saxophoniste tourmenté du Free jazz.

Spirit Rejoice, c’est la reprise en Free jazz de la « marseillaise », l’hymne national francais.

Albert Ayler est le saxophoniste maudit de l’histoire d’un Jazz, qui commence avec Louis Armstrong et s’éteint symboliquement avec la mort d’Albert Ayler.

John Coltrane, lorsqu’il était en tournée à la fin de sa vie, jouait dans sa chambre d’hôtel sur un 4 pistes sur la musique d’Albert Ayler, avec l’humilité que nous lui connaissions de se rapprocher un temps soit peu de ce son si particulier. Un son unique qui sonne, comme quand un clown pince l’embouchure d’un ballon pour en sortir une mélodie.

Albert Ayler passa toute sa vie à faire sortir de lui les démons qui l’habitaient, il en souffrira toute sa carrière, entre un jeu torturé et les assauts virulents de la critique. Même si son amour des musiques originelles, même militaires, celles qui rallient les hommes, est un critère indissociable de son œuvre, sa musique ne sera malgré tout jamais populaire.

Rendons à Albert ce qui est à Albert… Ayler, ce n’est pas un cauchemar ! C’est une musique vécue et habitée, sans concession et libre. Allons enfants de la patrie… Ocollus

Cliquez pour écouter (ci-dessous)

Full album……

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Albert Ayler, né le 13 juillet 1936 à Cleveland (Ohio) et mort le 25 novembre 1970 à New York est un saxophoniste (ténor, alto, et soprano) américain.

Biographie
Issu de la petite bourgeoisie noire, il joue déjà à dix ans avec son père dans une fanfare, souvent lors des enterrements, et, le dimanche à l’église. Il écoute à la maison de nombreux disques de jazz classique et bebop.
Après des cours de musique dans une école privée et dans une high school, il participe à un orchestre amateur fondé par un camarade. Son premier travail professionnel est une tournée avec l’orchestre « rhythm and blues » de l’harmoniciste Little Walter, en 1952. À vingt-deux ans, son service militaire l’amène en France, à Orléans (où, dans la fanfare du régiment, le 76th Army Band, il abandonne le saxophone alto pour le saxophone ténor), puis en Suède et au Danemark.

Il retourne à la vie civile en Californie, puis à Cleveland, mais son style en gestation heurte ses auditoires. De retour en Suède l’année suivante, il reçoit un meilleur accueil et enregistre en 1962 son premier disque avec deux musiciens locaux : Torbjörn Hultcrantz et Sune Spånberg, puis, l’année suivante. Le disque My name is Albert Ayler avec Niels-Henning Ørsted Pedersen. Au « Jazzhus Montmartre », à Copenhague (à l’époque sorte de quartier général du jazz scandinave), il joue fréquemment et écoute quelques hôtes presque permanents de cette région : Don Cherry, Don Byas et Dexter Gordon.

De retour à New York, il est engagé dans quelques night clubs de Greenwich Village, enfin porté par l’essor du free jazz. Mais, en 1964 ses premiers enregistrements américains (des negro spirituals), en compagnie de Sunny Murray, Henry Grimes et Call Cobbs, ne trouvent pas d’éditeur. La firme ESP, vouée au jazz d’avant-garde, publie enfin la même année le premier d’une série de microsillons de compositions d’Ayler (le premier : « Ghost » est un des manifestes du free jazz). Le succès n’est toujours pas au rendez-vous. Il enregistre toutefois la musique du film « New York Eye and Ear Control » de Michael Snow.

De nouveau au Danemark, il retrouve Don Cherry dans l’Albert Ayler Quartet, puis, revenu à New York, il parvient à se produire avec son fidèle Murray et son frère Donald Ayler au Village Gate, au Town Hall, au Judson Hall, au Slug’s.

En 1966, une longue tournée le conduit de nouveau en Europe. Il se produit le 13 novembre à la salle Pleyel, au Paris Jazz Festival. On retrouve une partie de ce concert sur le disque Lorrach:Paris 1966. L’accueil d’une partie de la critique (par exemple Jef Gilson) est hostile. Mais il trouve en John Coltrane, conquis par son style « he is profoundly ahead of me « un appui de taille. Malheureusement pour peu de temps. À sa mort, ce sont les frères Ayler qu’il a chargés de la rituelle musique funéraire, mais où la traditionnelle fanfare est réduite au simple quartet.
Coltrane l’introduit auprès des dirigeants du label Impulse!, accueillant tous les avant-gardistes, et qui produira une série assez importante de disques jusqu’en 1969, accompagné par un personnel fluctuant, mais comportant fréquemment le violoniste Michael Sampson, le bassiste Alan Silva et le batteur Beaver Harris, auxquels se joint la chanteuse (et poly-instrumentiste) Mary Parks (Mary Maria). En 1969, il tente d’intégrer des musiciens de Pop (musique) ou du rock, en des sortes d’essais de « fusion », toujours sans grand succès.

En 1970, il donne deux concerts à la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence, et reçoit, enfin, un accueil triomphal. Quelques mois après, on le retrouve noyé dans le port de New York, à trente-quatre ans. Selon Daniel Caux, le meilleur connaisseur français d’Ayler et organisateur de ses concerts à la fondation Maeght, il s’agit d’un suicide.

Le jazz abonde d’artistes maudits, mais Albert Ayler en est un exemple à l’état pur, vivant dans le rejet, l’ostracisme et le sarcasme permanent, qu’il ne fait rien pour abolir : violence du son amplifié par l’utilisation d’anches très dures et par un jeu très physique mobilisant toute la puissance du souffle et de la bouche, vibrato hypertrophié, paroxystique, héritage plus des transes des negro spirituals originels que du chant des « blues shouters ». Ayler condense à lui tout seul tout ce qui caractérise la chorale habitée de l’« Holy Gost »: caractère obsessionnel des thèmes simples – à l’apparence de cantiques, de ballades, de gospel songs ou de marches militaires (la Marseillaise et « God save the queen » ne sont jamais loin), et même des sortes de gigues, scansion brutale, exposés avec répons par son frère, se développant en improvisations rageuses/exultantes, bien éloignées de toutes contraintes harmoniques ou rythmiques, peut-être exultation et peut-être cri de désespoir, peut-être humour « hénaurme ». Pas de complaisance dans ce discours, pas de recherche du joli, ni même de la beauté, sinon « convulsive », « dirty » à l’excès. La structure canonique de l’interprétation jazz (introduction-thème-soli-thème-coda) en pâtit bien sûr, remplacé par une sorte de patchwork sonore truffé de citations, la bluette se résolvant en fanfare polyphonique, puis éclatant en stridences diverses. Il est difficile de discerner une préméditation dans ces interprétations, qui semblent a contrario le fruit de l’instant.

Certains critiques, notamment lors de son passage parisien de 1966, ont crié à la cacophonie, au discours simpliste d’analphabète musical, au mauvais goût: « gigantesque canular de succédanés peu doués de la fanfare des Beaux-Arts » avaient écrit dans jazz-hot les musiciens Jef Gilson et Claude Lenissois.

Il faut y voir plutôt un reflet et un dépassement de la révolte des ghettos, de l’esthétique dictée par l’Oncle-Tomisme et de la séduction du cool jazz et du hard bop le mal nommé, mais non pas dans la révolte violente des Black Panthers, au contraire dans une réactualisation du jazz originel des bouges de New Orleans, des plantations de coton et des cultes syncrétiques du début du XXe siècle. Les divers hymnes et extraits de folklores occidentaux apparaissent, par leur hétérogénéité même, témoignages d’altérité absolue.
La critique, du reste, n’était pas unanime. Dans cette bataille d’Hernani, Ayler avait de fervents défenseurs, au premier rang desquels Daniel Caux, qui allait, au fil des ans, devenir l’infatigable porteur du message aylerien, avec pour résultat l’apothéose, hélas sans lendemain, de Saint-Paul-de-Vence.

 

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De temps en temps, un album arrive, rempli d’une telle beauté divine et d’une telle intensité spirituelle que chaque note majestueuse qu’il contient s’enfonce profondément dans les endroits sombres de votre âme et ne vous laisse que la promesse d’une douce délivrance….

Spirits Rejoice d’Albert Ayler est ce genre d’album. Du moins pour moi.

Spirits Rejoice est apparu en 1965, à l’époque où les Stones chantaient des chansons pop idiotes et simples (bien que formidables) sur la frustration et le mécontentement. De l’autre côté de l’Atlantique, Bob Dylan a complètement perdu la boule sur les montagnes de vitesse, avec des rhapsodies de 15 minutes qui étaient plus de l’ordre de Ginsberg’s Howl que tout ce qui a été diffusé à la radio populaire avant ou depuis. Pendant ce temps, Elvis se frayait un chemin à travers Tinseltown, galvanisant l’écran argenté avec rien de plus que son charme et son allure de péquenaud. Peu importe qu’il n’ait pas pu faire semblant d’être digne d’être léché. Lorsqu’il tournait les hanches, les filles hurlaient de toutes leurs forces – et quand Le Roi lâchait ses pipes avec une sérénade, c’était alors que l’histoire était en train de s’écrire, parce que c’était alors qu’un conducteur de camion était devenu plus populaire que Jésus Christ. C’était sans aucun doute un sommet dans le paysage musical et culturel. Les frontières étaient franchies et les possibilités semblaient infinies. Dans certains cas, on faisait de l’art. Et dans des cas plus rares, quelque chose de plus que de l’art a été conçu – c’est là qu’Albert Ayler entre en scène.

Spirits Rejoice est un album unique qui puise dans le ventre et le cœur d’Americana, sinon dans la divinité elle-même. D’ailleurs, vous n’entendrez jamais rien de tel que cet album aujourd’hui. Comme ces précieux enregistrements sur les collections folk et blues du Smithsonian, la musique de Spirits Rejoice résume les difficultés, les joies et l’esprit d’une époque et d’un lieu bien précis de l’histoire américaine. Et pour ce qui est des innovations, Spirits Rejoice ajoute une nouvelle entrée dans les annulations du jazz en combinant le jazz traditionnel de Louis Armstrong avec le swing sauvage, maniaque et presque incontrôlable du hard bop, qui, soit dit en passant, a été pendant quelque temps deux factions complètement opposées dans les paramètres de la musique jazz. En fait, Tommy Dorsey a rejeté Charlie Parker et Dizzy Gillespie comme communistes musicaux (ce qui est une insulte que je ne suis pas vraiment sûr de comprendre à part être une chose merdique à dire à tout Américain au sang rouge à l’époque de McCarthy). Quoi qu’il en soit, Ayler a si bien fusionné ces deux formes de musique qu’il est vite devenu ridiculement évident que les deux camps étaient désespérément ignorants dans leurs attitudes quant à savoir qui détient la couronne du philosophe quand il s’agit de styles jazz. Je veux dire, c’est juste un tas de notes jetées ensemble de toute façon. Qu’il s’agisse de bop, de punk, de rock, de rap ou de n’importe quoi d’autre – tant qu’il possède un certain dynamisme et qu’il oscille fort et fort, pourquoi déprécier toute forme d’expression en le classant dans des catégories bien définies ?

C’était sans doute l’une des questions qui parcouraient le cerveau fiévreux d’Ayler lorsqu’il soufflait toutes les fibres de sa pauvre âme à travers sa hache ténor, car Spirits Rejoice est un amalgame de tant de styles musicaux différents – fanfare, R&B, blues, âme, vaudeville, etc. – que l’effet général ressemble à une explosion de vérité indéniable. L’extraordinaire Ralph Gleason, auteur de jazz, a écrit quelque chose dans ce sens dans ce qui était essentiellement la nécrologie d’Albert Ayler dans sa chronique dans le magazine Rolling Stone. Qu’Ayler était plus concentré sur la recherche de vérités éternelles et de belles mélodies qu’il ne l’était avec des aptitudes techniques ou combien de notes orageuses il pouvait entasser dans une seule gamme (ce qui, soit dit en passant, était la rage dominante à l’époque). En fait, selon la plupart des définitions conventionnelles auxquelles adhèrent de nombreux jazzbo’s, Ayler était loin d’être le plus grand chat jazz à toucher un cor. Quoi qu’il en soit, le saxophoniste le plus proche qui correspondait le mieux au but d’Ayler était John Coltrane ; et la vérité est que Coltrane a écrasé Ayler par le simple fait que Coltrane avait plus d’impact que Ayler par sa prolificité. Mais c’est quoi ce bordel ? Ça ne veut pas dire grand-chose parce que Coltrane avait une longueur d’avance sur presque tout le monde en musique. Et pour ce qui est de la virtuosité technique, des poids lourds comme Sonny Rollins et Charlie Parker ont écrasé Ayler, qui avait une belle sonorité et des doigts aussi agiles que Stevie Ray Vaughn, mais qui n’arrivait pas à suivre ces géants. Et encore une fois, qui pourrait ? Même si l’on considère ceux qui ont été à l’avant-garde des nouvelles platitudes et des nouveaux concepts dans la composition jazz, des gars comme Ornette Coleman, Charlie Mingus et Sun Ra ont battu Ayler de loin. Mais ce n’est pas un coup dur pour Ayler ; en fin de compte, il n’est pas une mie. De plus, en ce qui me concerne, Spirits Rejoice peut se mesurer à n’importe lequel des chefs-d’œuvre établis par les légendes susmentionnées et tenir le coup.

Les similitudes entre Coltrane et Ayler proviennent de leur capacité à exprimer une telle passion émotionnelle brute sur la cire (ce qui fait que des enfants comme Connor Oberst, l’afficheur d’emo, ont l’air d’un punk pleurnicheur et pleurnicheur en comparaison).

En fin de compte, cependant, ce que nous avons avec Spirits Rejoice est essentiellement une complainte sur le sort et la délivrance des opprimés et des opprimés. Lorsque vous avez été poussé vers le bas et frappé dans les dents pendant si longtemps, il ne vous reste que deux options viables : riposter ou embrasser vos oppresseurs avec amour, et Spirits Rejoice est un emblème/tableau sur le choix de l’amour face à la douleur, aux abus et à la haine. C’est un phare de ce qui pourrait être, et devrait être, quel que soit le décor de notre environnement – et c’est pour cela, mes amis, que ce précieux petit album a tant d’importance pour moi. C’est un rappel constant de choisir la VIE, quelle que soit la gravité de votre situation. Je veux dire, j’ai peu de doute que la vie d’Ayler n’était pas un pique-nique. C’était un Afro-Américain qui vivait dans une époque instable. De plus, il était un musicien sans le sou, sa quasi obscurité ponctuée par le fait qu’il est mort à l’âge de 34 ans. De plus, des circonstances suspectes entourent sa mort. Son corps a été retrouvé flottant dans le fleuve Hudson, et personne ne sait encore aujourd’hui comment son corps est arrivé là ou de quoi il est mort. Peut-être que la douleur dans sa vie l’a finalement atteint. Tout le monde a son point de rupture, et un homme ne peut supporter autant de misère avant de s’effondrer pour de bon. Et le pauvre Ayler était sans doute à l’agonie jusqu’aux oreilles. Mais malgré tous ses problèmes, je crois qu’Ayler avait beaucoup d’amour dans son cœur ; Spirits Rejoice exprime cet amour – amour pour les gens, amour pour Dieu, amour pour la vie – plus profond et plus éloquent que tout autre album que j’ai jamais entendu dans ma vie. tinymixtapes.com

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Musiciens

Albert Ayler
Donald Ayler (trompette)
Charles Tyler (saxophone)
Henry Grimes (contrebasse)
Gary Peacock (contrebasse)
Sunny Murray (batterie)
Call Cobbs (clavecin)

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  1. Spirits rejoice 11:31
  2. Holy family 2:10
  3. D.C. 7:55
  4. Angels 5:24
  5. Prophet 5:25

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