Hell’s Kitchen – Doctor oven


  • CRITIQUE/

Quand j’ai découvert ce disque à sa sortie, j’écoutais toutes les stars du label de blues Fat Possum (RL Burnside, J. Kimbrough, A. Payton…), et aujourd’hui je n’ai aucun doute sur le fait que le trio suisse des Hell’s Kitchen faisait de même et s’en ait probablement inspiré.

Sur cet enregistrement on trouve des percussions particulières et bizarres, ce qui peut nous faire penser aux ambiances à la Tom Waits (sworfishtrombone) ou à la musique des Appalaches, mais c’est évidemment cette guitare distorsion crade qui nous ramène inévitablement au blues.

Cette expérience sonore atypique, originale, mais aussi un peu glauque et crasseuse fait de cet album un disque singulier (mais ne nous y trompons pas, ce sont des suisses !) Mais c’est surtout un disque bien fait et équilibré où les morceaux se succèdent admirablement bien.

A la question : peut-on avoir le blues sur les contreforts alpins ? Je vous laisse juger par vous-même !  Ocollus

Cliquez pour écouter (ci-dessous)

Full album……

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Souvenez-vous. Vous êtes enfant, sale gosse, chez vous dans la cuisine, à tenter de faire de la musique avec les casseroles, les couvercles et toutes sortes d’ustensiles passant à votre portée. Soudain, votre mère débarque, et vous invite expressément à arrêter ce bruit inaudible. Vexé, vous retournez dans votre chambre en maugréant… Avec le temps, vous avez abandonné, d’autres non.

Cédric Taillefert, percussionniste de son état, complète son set de batterie avec washboard, tambour de machine à laver, et couvercles de taille diverse, pendant que Nicolas Roggli navigue entre une vraie contrebasse et une contrebassine crée par ses soins avec un manche à balai planté dans une poubelle et quatre cordes tendues. Bernard Monney, lui joue d’une vraie guitare et chante d’une voix rocailleuse. Avec cet étrange attirail, Hell’s Kitchen attaque un bon néo-blues bien crasseux, imprégné d’alcool fort qui tord les boyaux.

Dès les premières notes, on prend un claque. Derrière cette verte pochette aux apparences inoffensives se cache une musique incroyable. Les percussions faites maison répondent à la contre-bassine, pendant qu’un bottleneck court sur la six cordes d’acier et qu’une voix sortie d’on ne sait où chante un bon blues à l’image des références des origines. Un blues fort, habité, avec son lot d’histoire glauque. On se retrouve à voyager sur des routes poussiéreuses d’un western spaghetti, s’attendant à trouver d’un instant à l’autre le fameux carrefour de Robert Johnson, là où on peut rencontrer le Diable. Non pas que je veuille comparer l’oeuvre de Hell’s Kitchen à la légende inégalable de Robert Johnson, mais l’esprit du blues habite bien ces quelques chansons. Du fin fond de sa Suisse natale, le trio de Hell’s Kitchen semble côtoyer lui aussi le Malin … Le four du docteur, à la chaleur digne de l’enfer, est fascinant, il vous envahit, vous met presque en transe.

Les titres se succèdent sans faute, toujours avec la même puissance dans la voix, la même force dans la musique … Des morceaux comme Brick Of My Body ou Lumfo brillent par leur instrumentation épurée : juste quelques notes de basse, une rythmique discrète, quelques accords parfois dissonants et surtout cette voix envoûtante, rappelant parfois Blues Explosion. On trouve ensuite des titres tels que My House, Jack Is A Writer ou Mysery où la rythmique est déjà plus marquée, syncopée, où les guitares sont plus présentes, l’ambiance est électrisante est à la limite de l’explosion sonore … On remarque aussi Unfair, une perle mélodique hésitant entre soul et blues qui offre une pause au milieu de l’album.

Hell’s Kitchen débarque donc de Suisse avec cet album hors du commun, à la fois innovant, et rétro. Un album imprégné de blues dans toute sa profondeur, du vrai blues, celui qui fait parfois peur à voir, celui des bas-fond, et des soirées enfumées et alcoolisées, …

Pour tous les amateurs de blues et de musiques déjantées, cet album est à découvrir absolument. Inside rock.

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1 My House 3:35
2 Jack is a Writer 3:27
3 Brick of my Body 3:58
4 Dance Machine 3:55
5 Stay in my Block 3:59
6 Nice 3:29
7 Unfair 4:26
8 Lumpi is my Dog 3:34
9 Milano 3:31
10 Misery 3:14
11 Lumfo 4:10
12 Easy Start 4:29

Un commentaire

  1. Après avoir écouté « My House » en boucle pendant des semaines, j’avais complètement oublié ce groupe et cet album. Plus tard, j’ai essayé de le retrouver sur internet mais en vain, il me manquait trop d’infos… Vraiment content de le redécouvrir grâce à ton article, et ce coup-ci je le mets de côté!

    Aimé par 1 personne

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