Nino Rota – Rocco et ses frères


  • CRITIQUE/

Cette B.O. répond aux critères du cinéma néo-réaliste italien… Sombre et mélancolique, aux instruments classiques ténébreux et terriblement lourds, parfois pathétiques, aux ritournelles ou chants tristes que le jazz vient tantôt contrebalancer, tantôt adoucir.

Delon et Girardot sont sublimes dans cette fresque existentialiste où le monde moderne vient frapper à la porte de l’après-guerre encore dans les rails des codes anciens.

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Rocco et ses frères (Rocco e i suoi fratelli) est un film franco-italien réalisé par Luchino Visconti, sorti en 1960.
Appartenant à la veine néo-réaliste du cinéma italien, Rocco et ses frères conte les déboires d’une famille de Basilicate récemment immigrée à Milan.

Synopsis
Dans l’Italie d’après-guerre, celle de la reconstruction et de la ré-industrialisation, l’innocence, la naïveté et les traditions méridionales se heurtent à la réalité des temps modernes et de la vie urbaine.
Le père de la famille étant décédé en Basilicate, la mère, Rosaria Parondi et ses quatre derniers fils, Rocco (Alain Delon), Simone (Renato Salvatori), Ciro (Max Cartier) et Luca (Rocco Vidolazzi), débarquent à Milan chez Vincenzo (Spýros Fokás), le fils aîné, déjà installé et fiancé avec Ginetta (Claudia Cardinale), qui les reçoit chez ses beaux-parents. Dès leur arrivée, une dispute avec la belle-famille entraîne le départ des Parondi dans un logement social où Simone rencontre Nadia (Annie Girardot), une prostituée. Peu à peu, il s’installe dans une vie facile, où les traditions de labeur et l’amour du travail n’ont plus leur place. Par facilité et sans doute par faiblesse, Simone mène une carrière de boxeur de quartier, croyant un jour pouvoir percer le milieu de la boxe professionnelle et offrir à Nadia la vie dont elle a toujours rêvé. Mais Simone prend du poids et c’est son frère Rocco qui, revenu du service militaire, montre les plus belles aptitudes à la maîtrise de l’art pugilistique. Simone, dont Nadia est séparée depuis maintenant deux ans, assiste à l’ascension de son frère et à sa nouvelle idylle… avec Nadia. Fou de jalousie, Simone la viole devant Rocco et s’ensuit un duel aux poings entre les deux frères qui scelle le destin de ce dernier.

Devenant ainsi le véritable socle et protecteur de la famille, comprenant que la bonté naturelle et l’innocence de Simone s’estompent sous le poids d’un inconsolable chagrin d’amour, Rocco renonce à Nadia. Mais, sous le regard froid et désabusé de Nadia qui a toujours refusé d’accorder un quelconque crédit aux sentiments de Simone, la faiblesse du « grand » Simone dépasse de loin son courage et, dans un moment de désespoir et de profonde crise, ce dernier poignarde Nadia jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Dans l’épilogue final, Ciro fait l’éloge et la critique du grand frère déchu et emprisonné devant le petit Luca. Un dialogue émouvant à travers lequel Visconti nous narre la fin d’une société italienne traditionnelle et aliénante et l’avènement d’un monde moderne, dans lequel l’homme ne semble pas non plus pouvoir se reconnaître.[réf. souhaitée] C’est là, au détour de ce désert moral et existentiel, enveloppé composé par Nino Rota, que Luca s’en va rentrer chez lui, dans les cités construites à la va-vite en bordure des usines Alfa-Romeo, sans oublier toutefois de caresser du revers de la main, les affiches à la gloire de Rocco devenu champion et étoile montante de la boxe, brillant auteur d’une carrière sportive dont il ne voulait pas… WIKIPEDIA

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« Visconti avait décidé qu’il voulait filmer l’histoire d’une mère et de ses cinq fils. Je lui ai tout de suite demandé : pourquoi cinq ? Commençons avec deux ou trois… Mais non, il en voulait cinq, comme les doigts de la main. (…) Ils étaient cinq, c’était tellement compliqué ! Tout de suite, j’ai dit qu’il fallait en faire « un à la fois », et donc diviser le film. Luchino n’a pas cédé sur le nombre, je n’ai pas cédé sur la structure. » Suso Cecchi d’Amico (1)

L’expérience en studio des Nuits blanches s’était soldée pour Visconti par un échec non seulement public mais dans une large mesure critique. La presse de gauche, à la position alors décisive dans le paysage intellectuel italien, considère cette rêverie artificielle comme un acte de trahison du néoréalisme auquel il s’est voué. Compagnon de route du PCI, le Duc Rouge entend avec Rocco et ses frères remettre l’église au milieu du village en réalisant comme un best-of de sa veine populaire (Ossessione, La Terre tremble, Bellissima), avant de s’enfoncer dans le foisonnement historique de son aristocratie native. Acte récapitulatif, Rocco et ses frères n’en témoigne pas moins d’une continuité thématique avec les œuvres de palais à venir. Le décadentisme du Visconti seconde manière s’articule autour d’une rupture entre passé et présent s’exprimant en Italie dans la tension territoriale Nord / Sud. La difficulté à faire peuple dans la Botte entre méridionaux appauvris et sommet géographique industrieux s’incarne ici dans l’exode d’une famille de Lucanie projetée en gare de Milan (tout un symbole de la mégalomanie mussolinienne), pour connaître à son arrivée l’oppression qui attend les ouvriers du « miracle économique ».

Le rapport de Visconti aux classes populaires latines a toujours charrié une certaine ambiguïté, la solidarité objective qu’il entretenait avec celles-ci tenant dans une haine partagée (« par le haut » et « par le bas ») de la grande bourgeoisie milanaise. Dans Rocco et ses frères, film organisé selon une logique sérielle dont le déploiement (2) préfigure les grandes séries TV, six membres du prolétariat (une mère, ses fils) ont valeur d’archétype, deviennent sous un regard altier des figures de tragédie antique. D’où l’usage de comédiens, d’une part non-transalpins, de l’autre qu’on croirait difficilement réellement issus du milieu décrit. Ici se marque une césure entre l’achèvement néoréaliste et les règles naturalistes. Si cette ambition de créer un monde entier de mythologie, de déployer autant que possible, fait la particularité d’un film matriciel de toute une veine narrative (de Francis Ford Coppola à James Gray), il y aurait parfois eu un gain éventuel à ramasser quelques épisodes… toute la première partie semblant, pour l’exemple, s’évertuer à euphémiser la fascination du cinéaste pour un jeune Alain Delon à laquelle il laissera libre cours dans la seconde.

Cinq frères, donc. Dans l’ordre épisodique: Vincenzo d’abord (Spiros Focas). Emigré avant les siens, l’arrivée de sa fratrie et d’une mater dolorosa digne des Soprano met à mal son ménage récent avec Rosaria (Claudia Cardinale, encore novice). Il représente tout l’effort vers un foyer petit-bourgeois contre lequel vient buter l’éparpillement congénital. Simone ensuite (Renato Salvatori), emblème de la corruption citadine entraîné dans les tréfonds de la criminalité. Rocco ensuite (Delon), visage d’ange incarnant l’abnégation chrétienne, l’aspiration à la sainteté. Ciro (Max Cartier) emblématise pour Luca, le petit dernier, dans un épilogue didactique la solution marxiste, l’ouvrier éduqué affranchi de la fausse conscience, tourné vers un avenir révolutionnaire selon ses vœux. Toute cette clique aurait pu s’en tenir à subir bon an mal an sa misère ordinaire. Mais il y aura eu Nadia (Annie Girardot) que Rocco ne peut accepter de reprendre à Simone. De là la tragédie vieille comme Caïn et Abel, le ferment de la rivalité entre l’impulsif, le rageur raté, et celui qui s’aveugle quant à un dépassement de soi par la charité. Ce sera cette gouailleuse, rayonnante aux abords du lac de Côme, humiliée sur la terrasse du Duomo, qui sera finalement sacrifiée au lien du sang. Peu de cinéastes ont ressenti avec la vivacité de Visconti la violence sous-jacente au familialisme, celle qui irrigue ses plus beaux films, dérangeants et secrets : Sandra, L’Innocent

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Introduzione e canzone 2:34
Terra lontana 2:45
Milano e Nadia 3:46
Valzer ai laghi 2:37
L’amore di Rocco 1:39
La gelosia di Simone 5:44
Come tu vuoi 3:55
L’amore dei due fratelli 3:39
Il delitto di Simone 2:00
Paese mio 3:54
La loro storia 1:03

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