Buddy Guy – Sweet tea


  • CRITIQUE/

Après avoir été le superbe guitariste de l’historique « Hoodoo man blues » de Junior Wells dans les années soixante, et comme le dit plus loin les Inrocks, Buddy Guy a depuis, à sa manière,  embourgeoisé le blues de Chicago.

Mais là…

Buddy Guy, est effectivement l’un des derniers maîtres du genre qui après avoir distillé un blues presque caricatural durant plusieurs années, se retourne vers ses sources en 2001, particulièrement vers l’esprit du label Fat Possum créé quelques années auparavant par Matthew Johnson.

Les compositions de Junior Kimbrough et Cedell Davis (le guitariste poliomyélite) viennent apporter à la trame de ce petit chef-d’œuvre qu’est « Sweet tea » une pointe de modernité, qui à l’instar de Fat possum mixe le blues comme on le fait avec le hip-hop ou l’électro.

Un disque convaincant et captivant à la hauteur de ce géant du blues. Listen now… Ocollus

Cliquez sur le titre pour écouter (ci-dessous)

Full album……

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Bluesman jusqu’alors moyennement intéressant, Buddy Guy invite sur son nouvel album à prendre un thé brûlant, avec un nuage de génie.

Blues Pour faire court et un peu caricatural, on peut dire de Buddy Guy qu’il fait partie de ces gens qui ont popularisé le blues en l’embourgeoisant. Pour tout un chacun, il est ce sympathique bluesman des familles, sexagénaire coiffé comme Michael Jackson, qui joue drôlement bien de la guitare et aime déambuler au milieu du public pendant ses concerts. Il a joué avec tout un tas de gens importants, reçu plein de médailles du Mérite, enregistré et vendu beaucoup de disques. Mais au niveau du frisson et de l’animalité ­ du blues, donc ­, sa musique n’était jamais arrivée à l’orteil calleux des vieux maîtres. Buddy Guy a beaucoup fait pour dompter la bête, qui s’est miraculeusement réveillée sur Sweet Tea.

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Enregistré dans un studio perdu au fin fond du Mississippi, Sweet Tea sonne comme un retour aux sources du blues le moins corrompu, le plus sauvage. Buddy Guy y joue de la guitare électrique comme s’il avait les mots “Jimi” et “Hendrix” tatoués au bout des doigts, la rythmique est un camion-citerne dont les freins ont lâché pendant que le moteur prenait feu. Agressif, sale et puissant, diablement passionnant, le blues explose ici en saccades ulcérées, en rafales acides et gouleyantes. Après ce disque, on a plus envie d’écouter les Stooges ou Sonic Youth que Popa Chubby. Bon signe. Mais que s’est-il passé, quelle mouche a donc piqué Buddy Guy ? A-t-il eu droit à une double ration de Viagra et de DHEA au petit déjeuner ? A-t-il bouffé du lion ? Non, mais presque : il a bouffé du Fat Possum.

Se contenter de dire que Sweet Tea est un bon disque serait mentir par omission. Car Sweet Tea ne vient pas de nulle part : sur les neuf titres de l’album, sept sont des reprises d’artistes du label Fat Possum. Pour rappel, Fat Possum est cette inespérée anomalie de l’espace-temps, un îlot de résistance où se retrouvent de vrais vieux ploucs du Mississippi qui jouent du blues au moins aussi primitif, libre, pur et dur qu’à l’époque de Muddy Waters ou Howlin’ Wolf. On ne le répétera jamais assez, mais les disques de Junior Kimbrough (vrai père spirituel de Sweet Tea), T-Model Ford (dont le batteur Spam joue avec Buddy Guy) ou RL Burnside, tous sortis chez Fat Possum, sont ce qui est arrivé de mieux à la musique américaine de ces dix dernières années. Juré. Ces gars, septuagénaires pour la plupart illettrés, ont parfois passé les trois quarts de leur vie sur le siège d’un tracteur et le reste en prison, ils vident des bouteilles de whisky à la chaîne, font des concerts de huit heures sans s’arrêter et sont parfois si vieux qu’ils sont morts. Des résistants, des artistes (feu Junior Kimbrough, Cedell Davis ou T-Model Ford sont d’incroyables guitaristes) libres, des dangers publics. Comme des loups qu’on croiserait dans les rues d’une grande ville.

A 65 ans, Buddy Guy a rejoint la meute. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Sweet Tea n’est donc pas seulement un bon disque, il est aussi la reconnaissance de l’underground par le mainstream, la preuve que tout n’est pas si moche dans ce monde. LesinRocks.

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1. « Done Got Old » 3:23
2. « Baby Please Don’t Leave Me » 7:24
3. « Look What All You Got » 4:45
4. »Stay All Night » 4:10
5. « Tramp » 6:47
6. « She Got the Devil in Her » 5:10
7. « I Gotta Try You Girl » 12:09
8. « Who’s Been Foolin’ You » 4:55
9. « It’s a Jungle Out There » 5:37

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Un commentaire

  1. Oh oui Olivier ça c’est excellentissime….. … toujours de très bon goût et de très bon choix et donc naturellement de fabuleux partages. Tu pourrais te reconvertir uniquement là-dedans.

    « Playlisteur chez Disque du Moi : 4000 euros par mois pour 25h hebdo »

    On va créer le poste subventionné par la FNAC France et la SACEM. Pour le plaisir de distiller le son comme ça, la conservation du patrimoine international et la e coeur mis à l’ouvrage…!

    😉😊

    Bonne continuation champion

    Julio

    J'aime

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