Ornette Coleman – The shape of jazz to come


  • CRITIQUE/

Voici le disque qui définit réellement « la patte Ornette Coleman ». Il a fallu attendre ses 2 précédents  disques, non sans inventivité où le saxophoniste s’émancipait du Bebop (Something else) et du piano (Tomorow is the question), pour qu’il signe ce premier disque estampillé Free jazz.

Premier opus chez Atlantic où Ornette redéfinit l’approche de l’improvisation, beaucoup plus que dans ses albums précédents, se libérant de plus en plus du carcan harmonique des suites d’accords. Introduit par le magnifique « Lonely women » que l’on retrouve quelques années plus tard dans le disque « Old and new dreams » déjà référencé dans ce blog.

Ça y est, le saxophoniste, qui après Parker révolutionne le jazz, en paiera ici le prix fort car une musique comme cela ne facilite pas l’embauche dans les clubs. Ensuite l’arrivée de l’album « Free jazz » le clouera au pilori !

Mais ça, c’est une autre histoire… Ocollus

Cliquez pour écouter (ci-dessous)

Full album……

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The Shape of Jazz to Come est un album d’Ornette Coleman paru en 1959 sur le label Atlantic. Les enregistrements sont réalisés en quartet, sans piano, Coleman étant accompagné par Charlie Haden à la contrebasse, Don Cherry au cornet et Billy Higgins à la batterie. Il est l’un des tout premiers albums de style avant-garde. À cette période l’album surprend parce qu’il ne propose pas une progression d’accords habituelle et les musiciens improvisent pour la première fois dans un style beaucoup plus libre.

Contexte
L’année 1959 est dans le domaine du jazz particulièrement riche en créativité, des albums majeurs sont enregistrés cette année-là comme Kind of Blue du trompettiste Miles Davis, Time Out du pianiste Dave Brubeck ou encore en fin d’année Giant Steps du saxophoniste John Coltrane. The Shape of Jazz to Come en fait également partie.

En 1958, le contrebassiste Charlie Haden joue régulièrement au Hillcrest Club à Los Angeles dans le groupe du pianiste de 26 ans, Paul Bley. Un soir, il propose au saxophoniste Ornette Coleman, au cornettiste Don Cherry et au batteur Billy Higgins de venir au club. Quelque temps plus tard en octobre, Bley engage le duo Coleman – Cherry dans son groupe. Coleman joue six soirées par semaine et compose beaucoup. Mais au bout d’un mois et demi, le succès n’est pas au rendez vous et le propriétaire du club est contraint de renvoyer le groupe.

En mars l’année suivante, une nouvelle opportunité s’offre à Coleman à la suite d’une discussion entre le contrebassiste Percy Heath et le pianiste John Lewis, qui se souviennent avoir été impressionné par l’interprétation de Coleman et Cherry quelques mois plus tôt. Lewis est à cette période engagé par le label Atlantic Records et joue au sein du Modern Jazz Quartet. Lewis en parle à Ahmet et Nesuhi Ertegün, qui dirigent le label et Ertegün se montre intéressé par les débuts du saxophoniste. Coleman avait jusque-là enregistré ses deux premiers disques sur le label californien Contemporary Records dirigé par Lester Koenig. Ertegün et Koenig se connaissent bien et sont même amis. Un accord est passé et Ertegün propose à Coleman d’enregistrer rapidement un album pour Atlantic.

Enregistrement
Pour cette première séance d’enregistrement sur le label Atlantic, Coleman choisit des musiciens qu’il connaît bien, à savoir Charlie Haden, Don Cherry et Billy Higgins. Un solide quartet qu’il préfère sans pianiste et qu’il conservera plusieurs mois.
Les six morceaux sont enregistrés en une seule journée le 22 mai 1959 au Radio Recorders à Los Angeles, situé à l’ouest du quartier d’Hollywood et célèbre pour y avoir enregistré des standards en particulier du trompettiste Louis Armstrong3.
Don Cherry vit depuis ses 4 ans à Los Angeles et commence une carrière professionnelle en 1951. Cinq ans plus tard il fait la rencontre de Coleman, de six ans son ainé. Cherry s’adapte rapidement au style du saxophoniste et le suit régulièrement. Charlie Haden est aussi de ceux qui ont très tôt compris la musique de Coleman en laissant de côté le jeu traditionnel de la contrebasse avec le respect des lignes harmoniques. Quant à Billy Higgins il est entré dans le groupe par l’intermédiaire de Cherryn.

L’album propose six morceaux composés par Coleman et que le groupe connait bien pour les avoir déjà joués régulièrement au Hillcrest Club. Il débute par le morceau Lonely Woman, une ballade qui deviendra un morceau incontournable dans le répertoire de Coleman. La contrebasse de Haden commence par marquer un rythme sombre et sinistre puis la batterie de Higgins fixe la cadence avec un riff rapide. Ce style d’introduction par la contrebasse et la batterie est atypique dans le jazz à cette période. Ensuite, Coleman et Cherry interviennent ensemble pour interpréter une triste mélodie, un lent et sombre rubato, réitérée plusieurs fois puis le saxophoniste joue un solo en improvisation sans suivre véritablement la mélodie. Le soliste n’est ici pas lié aux spécifications harmoniques, ce qui offre beaucoup plus de liberté dans l’interprétation des morceaux et permet au musicien d’exprimer davantage d’émotions. Ce concept est une étape importante dans le développement du free jazz. Peu avant la fin du morceau ils reprennent ensemble le thème principal.

Caractéristiques
Cet enregistrement propose un travail novateur qui a aidé à mettre en place le mouvement free jazz. Le jazz avant-gardiste s’est plus tard différencié de cette approche, mais elle a jeté les bases d’un format exploité par l’avant-garde et le free jazz. La nouvelle idée de Coleman est de laisser de côté le jeu instrumental avec les accords. Chaque morceau contient une courte mélodie, un peu comme l’air d’un morceau de jazz classique, puis quelques minutes d’improvisation libre suivie d’une répétition du thème principal. Une construction qui semble être similaire à une structure classique head-solo-head caractéristique du bebop, mais il abandonne ici l’utilisation des progressions d’accords.
À l’origine, Coleman souhaite intituler l’album Focus on Sanity, le quatrième morceau sur l’album mais le producteur Nesuhi Ertegün lui propose The Shape of Jazz to Come, un titre qui permet selon lui d’indiquer à l’acheteur « une idée de la singularité du disque LP ». Coleman désapprouve mais finit par accepter le titre.

Réception

À la sortie de l’album, le public est partagé, ayant du mal à percevoir les structures introduites par l’improvisation. La musique de Coleman est perçue comme différente et dans les mois qui suivent le saxophoniste peine à se faire engager au point qu’il pense arrêter pour faire autre chose.
En 2003, l’album est classé à la 246e place sur la liste de Rolling Stone Magazine des 500 meilleurs albums de tous les temps. Le musicien Chris Kelsey le range parmi l’un des 20 albums essentiels du free jazz dans son essai intitulé Free Jazz: A History subjective sur le guide musical AllMusic. Steve Huey y commente l’album et déclare notamment que « toute compréhension du jazz avant-gardiste doit commencer ici ». Les auteurs du guide The Penguin Guide to Jazz décerne une « couronne » à l’album, leur plus haute récompense. .wikipedia

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1. Lonely Woman Ornette Coleman 4:59
2. Eventually Ornette Coleman 4:20
3. Peace Ornette Coleman 9:04

4. Focus on Sanity Ornette Coleman 6:50
5. Congeniality Ornette Coleman 6:41
6. Chronology Ornette Coleman 6:05

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