The Dukes of Stratosphear – 25 O’clock


  • CRITIQUE/

Ce disque dit beaucoup de choses à la 1ère écoute et sur sa pochette : il est plongé en pleine époque psychédélique sauf que nous sommes en 1985 et que la voix du chanteur nous dit quelque chose…

C’est un pastiche de qualité qui est proposé ici, entre Pink Floyd, Beatles et Electric Prunes… Mais qui se cache sous le pseudonyme de Duke of Stratosphear ? Et bien c’est XTC, le groupe d’Andy Patridge. Tous les ingrédients du genre y sont distillés pour faire un travail de faussaire magnifique. Ce mini-album est le premier du groupe sous cette appellation éphémère de Dukes of stratosphear mais il ne sera pas le dernier .

La musicalité d’XTC n’est plus à démontrer, ni leur sens de la mélodie et même si mon attachement à ce groupe est en relation avec leurs débuts (White music, Go2),  j’ai une admiration pour cette incartade discographique « hallucinante », faite de compositions superbes, d’une cohérence conceptuelle à toutes épreuves.

Leur originalité a été sans doute freiné pendant les années 80, lorsque les productions imposaient la marche commerciale à suivre et laissaient sur le bord du chemin maints projets purement créatifs : ce disque est peut-être un pied de nez à tout cela ! 

Un disque miraculeux !  Ocollus

Cliquez pour écouter (ci-dessous)

Full album…..

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The Dukes of Stratosphear est l’alter ego psychédélique d’XTC. Sorti le premier avril 1985, les ventes de ce mini album ont dépassé celles des derniers albums du groupe (the Big Express). Le disque est un pastiche savoureux au rock psychédélique 60s, les XTC y maitrisent tellement bien l’abécédaire 60s que le résultat est confondant de réalisme. Évidemment au delà de l’hommage ce qui compte c’est les chansons, et elles suivent! Le mini album est d’excellente tenue, bien que j’ai tendance à préférer l’album sorti en 1987 dont l’orientation est plus pop. Aujourd’hui 25 0 Clock en écoute, un hommage aux Electric Prunes et quelques autres références 60s que l’on apprécie particulièrement par ici. Requiem pour un twister

 


 

“The Dukes Of Stratosphear : le métier de faussaire”

Au coeur des années 80, XTC, le groupe le plus doué de sa génération, décide de s’octroyer une pause parodique sous la forme des désormais cultissimes Dukes Of Stratosphear. Le résultat ? Une faille temporelle dans l’histoire de la musique moderne, et une parenthèse enchantée pour trois musiciens déçus par le music business.

En 1985, XTC en est à un moment critique de sa carrière. Il enchaîne depuis quelque temps les chefs-d’oeuvres (« Drums & Wires », « English Settlement ») et les demi-réussites (« Mummer », « Black Sea ») dans une relative indifférence commerciale. Les derniers singles bankable (« Making Plans For Nigel », « Senses Working Overtime ») sont loin, le groupe ayant progressivement échangé son post-punk spasmodique contre une pop volontiers cérébrale, sophistiquée, mais toujours aussi éblouissante mélodiquement. Ca n’est visiblement pas suffisant pour Virgin, qui revoit sérieusement à la baisse son investissement dans le groupe, pourtant membre historique de son catalogue et contractuellement lié à vie à ce label déserteur ! Pour ne rien arranger aux affaires, XTC ne peut même plus compter sur la scène pour rattraper les désormais fréquentes débâcles commerciales de ses albums. Car XTC ne donne plus de concerts ; la chose fut décrétée en décembre 81 et depuis son lit d’hôpital par un Andy Partridge traumatisé par une crise de panique survenue quelques heures plus tôt sur la scène du Palace parisien (l’homme souffrait depuis plusieurs années de spasmophilie et d’un terrible ulcère à l’estomac).

Après l’échec cuisant de « The Big Express » (dans lequel Virgin avait tout de même investi 100 000 £), le groupe se trouve dans une impasse (commerciale, contractuelle, créative, personnelle, etc.). Pire que tout, les auteurs des branques et foufous « This Is Pop? » et « Helicopter » ne semblent plus trouver dans la musique un grand motif d’amusement. L’heure est à l’abattement, au découragement. Des situations comme celles-ci requièrent bien souvent l’apparition d’un homme providentiel. Dans le cas de XTC, cet homme se nomme John Leckie, producteur émérite de leur « Go2″ (mais aussi, quelques années plus tard du premier Stone Roses ou du « The Bends » de Radiohead). Ce dernier tanne depuis un bon bout de temps XTC avec son idée d’un album de chansons parodiques psyché 60′s. Le genre de morceaux, justement, qu’Andy Partridge et Colin Moulding pondent à la chaîne, pendant leur temps libre, dans leur cabanon de Swindon. Le genre de geekerie ultime susceptible de plaire aussi au bassiste Dave Gregory, lui qui éponge ses névroses en reproduisant A L’IDENTIQUE (il note sur un petit carnet les réglages de guitare et d’ampli de ses musiciens vintage préférés) les standards psyché de son enfance. Docile, bien inspiré ou n’ayant plus rien à perdre (c’est selon), le groupe accepte donc finalement de se prêter au jeu et couche sur bandes, pour un budget ridicule, « 25 O’Clock » le premier mini-album de The Dukes Of Stratosphear (un nom auquel ils avaient songé un temps, avant d’opter pour XTC). Histoire de pousser la plaisanterie aussi loin que possible, XTC se fringue en vintage de la tête aux pieds, dépouillant tout ce que le Sud de la Tamise compte de friperies et livrant quelques photos de presse à faire passer The Jefferson Airplane pour des experts comptables. Les néo-Dukes vont même jusqu’à masquer leurs noms avec des pseudos tous plus baroques les uns que les autres : Andy Partridge devient Sir John Johns, Colin Moulding sera The Red Curtain, Dave Gregory s’appelle désormais Lord Cornelius Plum, et Ian Gregory, le frère de Dave recruté comme batteur pour l’occasion a droit à l’improbable E.I.E.I. Owen. John Leckie devient même… Swami Anand Nagara.

The Dukes Of Stratosphear « What In The World ??… »

Autant de gadgets et d’anecdotes historiques croustillantes qui feraient presque oublier le plus important : le contenu de ce EP. Pour aller vite, on parlera donc de chef-d’oeuvre incontournable en cela qu’il réussit l’exploit de tenir la dragée haute non seulement aux meilleurs moments passés de XTC, mais aussi aux groupes originels qu’il s’amuse à parodier ! En ouverture, le monument « 25 O’Clock » se présente comme un hommage à peine voilé au « Too Much To Dream Last Night » des Electric Prunes, déchiré par des parties d’orgue tout droit sorties de « The Piper At The Gates Of Dawn », le premier Pink Floyd. Plus guilleret, « Bike Ride To The Moon » plonge une ligne de voix hallucinée à la Syd Barrett (pensez à « Love You » sur « The Madcap Laughs ») dans un bain d’effets et de voix accélérés proches dans l’esprit de The United States Of America. « What In The World??… » cite quant à lui les Beatles de « Revolver » dans le texte : la ligne de de basse est ouvertement chipée à « Taxman », et les bandes passées à l’envers ajoutées au traitement lointain de la voix, sont cousines de ce que voulait Lennon sur « Tomorrow Never Knows » (« avoir l’impression de chanter du haut d’un minaret »). Les influences de « Your Gold Dress » et « The Mole From The Ministry » restent quant à elles plus difficiles à cerner, même si l’on distingue, une fois de plus, quelques bouts de The United States Of America, ainsi que des éclats des compilations Nuggets, des Zombies (ce piano de saloon virevoltant) ou de la scène tropicaliste brésilienne (Os Mutantes, Gilberto Gil…). Ce deux immenses morceaux sont bâtis sur le même modèle : des couplets volontiers lysergiques et morbides soudain contrebalancés par des refrains résolument pop, légers et lumineux.

The Dukes Of The Stratosphear « The Mole From The Ministry »

A la surprise générale, « 25 O’Clock » est un succès public, critique et commercial : ce EP, qui a coûté 20 fois moins cher que « The Big Express », rapporte plus que ce dernier… La majeure partie du public achète même « 25 O’Clock » en croyant dur comme fer à un vrai groupe des 60′s oublié et redécouvert par le biais d’une miraculeuse réédition ! C’est bien connu : plus gros est le mensonge, plus il est facile d’y croire… Pourtant, en tendant bien l’oreille, toutes les caractéristiques faisant de XTC les génies qu’on sait sont là et bien là ; on reconnaît sans trop de difficulté la voix appuyée d’Andy Partridge, et le groupe n’a pas oublié son goût pour les harmonies tordues et les changements d’accords impossibles.

The Dukes Of The Stratosphear « Your Gold Dress »

Revigoré par cette franche réussite, XTC décide de repartir à l’attaque de sa carrière. Virgin, retrouvant, comme par magie, foi en ses poulains, lâche 150 000£ pour la suite des aventures. Au printemps 86, le groupe investit le studio Utopia de Todd Rundgren, le héros de Dave Gregory, prêt à en découdre, et armé d’une confiance en lui et d’un moral flambant neufs. Il lui en faudra beaucoup, beaucoup plus que prévu : les sessions d’enregistrement tournent rapidement au pugilat, Partridge et Rundgren, en bons despotes égocentriques, se livrant une guerre des nerfs permanente. Malgré cela (ou peut-être, au contraire, grâce à cela), l’album qui en résulte, « Skylarking », est le meilleur de toute la discographie XTCienne. Un joyau pur, un précipité de raffinement pop et d’audace sonore d’une exigence et d’une singularité rarement atteintes. Il n’empêche, le trio ressort de cet enregistrement lessivé, traumatisé. A nouveau, la conception d’un disque est assimilée à une expérience douloureuse, négative. Sauf que cette fois-ci, XTC a une solution toute prête à cette rechute, un véritable anti-dépresseur à portée de main : les Dukes Of Stratosphear sont ainsi réactivés derechef. Pas un hasard, d’ailleurs, si ces derniers sont crédités au générique de « Skylarking » pour avoir généreusement « prêté des guitares »…

XTC « Dear God »

En août 87 (soit quelques mois à peine après la sortie de « Skylarking »), les Dukes livrent leur deuxième opus et premier véritable album :  « Psonic Psunspot » (en anglais, les p sont muets quand placés devant un s…). L’effet de surprise a disparu, l’exotisme de ce groupe a priori inconnu aussi. Le public se remet à gentiment snober ceux qui se font désormais appeler « XTC as The Dukes Of Stratosphear » (on a beau faire de la pop chichiteuse, la street credibility, ça existe aussi). Légèrement moins sauvage que son prédécesseur, plus léché, « Psonic Psunspot » déconcerte toujours autant par l’ahurissant talent de faussaire de ses auteurs. Les références « à la manière de… » sont moins pointues que sur « 25 O’Clock », mais toujours aussi savoureuses. Partridge décrit par exemple la chanson à boire « You’re A Good Man, Albert Brown » comme du « psychédélisme de pub », ou « le son du pub au coin de Carnaby Street, devant lequel assis un retraité de Chelsea – le grand-père de Steve Marriott (le guitariste fondateur des Small Faces – ndlr) ! »

The Dukes Of The Stratosphear « You’re A Good Man, Albert Brown »

« Psonic Psunspot » album contient au bas mot trois morceaux d’anthologie, dont l’aspect « exercice de style explicite » ne doit pas faire oublier la qualité exceptionnelle de leur composition : « Vanishing Girl », et son vivifiant plagiat du son de guitare des Byrds ; « Brainiac’s Daughter » et son petit McCartney illustré (à ranger entre « Martha My Dear » et « Maxwell’s Silver Hammer ») ; et l’incroyable « Pale And Precious » dont on jurerait qu’il est l’oeuvre d’un Brian Wilson épuisé par l’Arlésienne « Smile » – orgues, basse rondes et choeurs en ‘bam-shubam’ à la clé. Fin 87, le groupe décide de compiler sur un seul et même disque – « Chips From The Chocolate Fireball » – l’intégralité de ses deux albums.

The Dukes Of The Stratosphear « Pale And Precious »

XTC referma la parenthèse Dukes Of Stratosphear sur ce triomphe artistique, et reprit le cours de son existence, dans l’indifférence polie mais généralisée à laquelle il était habitué. Il sortit trois albums indispensables que tout amateur crédible de pop se doit de posséder (« Oranges & Lemons », « Nonsuch » et « Apple Venus Vol.1″), et laissa en guise de testament l’un de ses rares albums en demi-teinte (« Wasp Star (Apple Venus Vol.2) », en 2000). Fidèle à sa boulimie créative, Andy Partridge, enregistre aujourd’hui une demi-douzaine d’albums solos par an, dont tout le monde se contretape éperdument (votre serviteur y compris), qu’il enregistre dans sa cabane de Swindon, dans laquelle il laisse l’histoire de la pop continuer sans lui. Mais où – et c’est après tout le plus important – il s’amuse encore.

XTC « Easter Theatre »

Laissons le mot de la fin à un admirateur aussi illustre qu’inattendu : David Sitek, leader de TV On The Radio, grande gueule patentée et grand manitou du psychédélisme brooklynite post-11 septembre :
« Les albums des Dukes Of Stratosphear renouent exactement avec l’état d’esprit originel du psychédélisme, bien avant que les gens ne se mettent à paniquer devant les possibilités de la technologie, et que tout parte en vrille. Andy Partridge a sorti ses albums des années avant Pro-Tools et ses 96 pistes. Lui n’avait que 16 pistes et quand on voit ce qu’il a réussi à faire, pfff… ça laisse franchement songeur. ».Voxpop

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1 25 O’Clock 5:01
2 Bike Ride to the Moon 2:24
3 My Love Explodes 3:54
4 What in the World??… 5:01
5 Your Gold Dress 4:38
6 The Mole from the Ministry

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